Yssouf Diabaté (Pdt SC Gagnoa) : « Le blocage du football ivoirien n’arrange personne ! »

A Gagnoa, Yssouf Diabaté est une véritable star qui n’a vraiment pas le temps. Elu maire de la cité du fromager il y a deux ans, le président du Sporting club de Gagnoa est constamment sollicité par des populations qui ne jurent que par lui. Très engagé dans le développement de sa ville, Diabaté a pris du recul avec « son » Sporting qu’il suit désormais de loin, sans être toutefois très loin. Celui que tout Gagnoa appelle tout simplement Yssouf, a reçu Sportmania.ci dans son confortable bureau de la mairie pour évoquer sa vie d’homme politique, l’actualité du football ivoirien et plusieurs autres sujets. Magnéto !

– Bonjour président. On a de plus en plus le sentiment que l’homme politique a pris le pas sur le dirigeant sportif qu’on a connu. On se trompe ?

Malheureusement, vous dites vrai. Mais, si je savais que les choses étaient ainsi en politique, je ne m’y serai pas engagé. Quand j’étais un dirigeant sportif, je faisais l’unanimité ici à Gagnoa. Ma réussite au foot m’a fait connaitre et augmenter ma cote de popularité. Aujourd’hui, je passe plus de temps à faire de la politique ; donc l’homme politique a carrément pris la place du dirigeant sportif.

– Alors, dites-nous : entre la politique et le foot, lequel de ces domaines donne le plus d’adrénaline ?

Etre dirigeant sportif est plus excitant et est surtout deux crans moins stressant. Au foot, le stress intervient que les week-ends, alors qu’avec la politique, le stress est permanent. Les injures, les dénigrements à n’en point finir, sont devenus mon quotidien. C’est lassant et dégoûtant. Mais bon, je suis déjà dedans. Le vin est tiré…

– En quoi l’expérience vécue au sport vous aide-t-il dans votre carrière politique ?

Ce que j’ai connu dans le sport, m’aide beaucoup à appréhender les choses de la politique. Ce sont deux domaines où il y a de l’adversité, la compétition. Sauf que la politique en Côte d’Ivoire est plus polluée. Il y a trop de coups-bas. Par exemple, au football, quand les résultats sont bons, quand vous travaillez bien, on vous salue unanimement. Ce qui n’est pas le cas en politique. En politique, tu as beau poser de bons actes, il se trouvera des gens pour vous insulter, dénigrer le travail que vous faites. Il y a beaucoup de mauvaise foi en politique. Vous voyez, je viens de remettre une école aux populations d’un quartier de la ville. Il se trouvera des gens pour critiquer cet acte. Au football quand tu gagnes, même tes détracteurs s’inclinent.

– Revenons sur le terrain du jeu alors. Depuis votre éloignement des affaires du Sporting, on a constaté que les résultats de l’équipe ont considérablement décliné. Hormis votre cas personnel, il y a-t-il d’autres raisons qui expliquent cela ?

Effectivement, les résultats de l’équipe n’ont pas été à la hauteur de nos attentes la saison passée. A cause des élections, je ne pouvais pas être au quotidien auprès de l’équipe. En 2019, on n’a pas eu la chance d’avoir un entraîneur qui partageait notre vision et notre projet, je veux parler de coach Gigi. Il était venu avec la vision de l’ASEC qui consiste à jouer avec de très jeunes joueurs. Au Sporting, on mise sur les joueurs confirmés, rompus aux combats de l’élite. Ici, on a besoin de résultats assez rapidement. Il n’est pas facile d’avoir rapidement des résultats avec les jeunes en équipe première. Il faut un mix entre jeunes et éléments plus expérimentés. Ce qui n’était pas la vision de Gigi. Cette saison, je ferai l’effort d’être plus proche de l’équipe.

– Vous voulez vous rapprocher de l’équipe. Est-ce-à dire que Fadel Keïta, qui occupe le poste de président délégué, ne vous donne pas satisfaction ?

Franchement, je suis satisfait du travail abattu par Fadel Keïta. C’est une vraie satisfaction. Il travaille beaucoup, me facilite la tâche. Il découvre son poste, il va donc s’améliorer avec le temps. Sinon, je suis satisfait de ce qu’il fait, sans aucune hypocrisie. 

– Le Sporting est crédité d’une belle campagne de recrutement. Quel sera l’objectif assigné à ce groupe ?

Je n’ai jamais cherché à jouer les seconds rôles ou le simple maintien. J’ai toujours visé le titre. Mais pour des clubs comme le notre, ce n’est pas facile. Avec l’effectif qu’on a cette saison et les ajustements qualitatifs qu’on a faits, on aura les moyens de jouer le titre et aller loin dans les Coupes nationales.

– Vous avez doté le stade Biaka Boda d’une pelouse synthétique, vous venez d’offrir un car moderne flambant neuf au club. C’est quoi la prochaine étape dans la construction du Sporting club de Gagnoa ?

C’est de chercher un siège digne de ce nom. Avec son passé et tous ces grands joueurs comme Gbizié, Soumaïla Savané, Fadel et Kader Kéïta, Ali Doumouya, Obou Macaire donnés à l’équipe nationale, le Sporting doit posséder un siège à la hauteur de son histoire et de son statut. On a également en projet l’érection d’un terrain d’entraînement pour laisser la pelouse du Biaka Boda respirer.

– Vous allez bientôt célébrer vos dix années de présence à la tête du Sporting. Si vous devez établir un classement des meilleurs présidents de club, vous vous mettrez à quel rang ?

Je pense que je fais partie du top 10. Je mets Roger Ouégnin à la première place. Les trois places derrière lui doivent être vides.  Simplice Zinsou est cinquième. Je ne supporte pas l’Africa, mais je dois reconnaitre qu’il a été un grand dirigeant. Il fait partie de ceux qui ont écrit les belles lettres du football ivoirien. Roger Ouégnin, il n’y a personne qui lui arrive à la cheville. Il est le principal artisan des deux victoires de la Côte d’Ivoire aux CAN 1992 et 2015. Quand tu prends les effectifs de ces deux sélections, tu verras que c’est l’ASEC qui compte le plus de joueurs dans ces équipes. Ouégnin a des défauts comme tout être humain, mais c’est quelqu’un qu’on doit énormément respecter. Il a révolutionné l’ASEC Mimosas et le football ivoirien. Il est le meilleur dirigeant depuis 1990.

– Fadel Kéïta, votre président délégué, a récemment dénoncé l’attitude de la FIFA qui est à la base de l’arrêt du football en Côte d’Ivoire. Êtes-vous sur la même longueur d’onde que lui ?  

On a tous l’oreille tendue vers Zurich pour voir ce que la FIFA va décider. Ce blocage nous met mal à l’aise. Le foot est notre passion et le gagne pain de plusieurs jeunes. Aujourd’hui, on les prive de cela. Les dirigeants de club font eux aussi face à de nombreuses difficultés. Le blocage n’arrange personne. Les enfants vivent de ça. Depuis mars, on ne joue plus au foot en Côte d’Ivoire. On ne sait pas où l’on va. Vivement que la FIFA se décide pour que tout le monde retrouve le chemin des stades.

– Vous avez été le seul président de club (Adou Bernard, le président de l’ASI d’Abengourou en a octroyé deux) qui a délivré un parrainage aux trois candidats déclarés à l’élection du président de la fédération ivoirienne de football. Comment expliquez-vous cela ?

Je n’ai pas d’explication à donner. Nulle part, il n’était interdit de délivrer plus d’un parrainage. Cela n’existe nulle part dans nos textes. Pourquoi la Commission électorale de la FIF n’a-t-elle pas procédé, comme l’a fait la Commission électorale indépendante, en ce qui concerne le mode d’attribution des parrainages ? Si la Commission électorale présidée par René Diby avait délivré une feuille sur laquelle on devait inscrire le nom du candidat à parrainer, cela aurait évité ces histoires de double parrainage. Certains avaient déjà donné leur parrainage depuis le mois de mars pour une élection prévue en septembre. Le double parrainage n’était pas proscrit. Si c’était le cas, on aurait respecté cette disposition.

– Avec le blocage provoqué par ces histoires de double ou triple parrainage, avez-vous aujourd’hui des regrets ?

Je ne regrette rien. Je n’ai pas posé d’acte délictueux. Ce ne sont pas les doubles parrainages qui sont à la base du blocage du processus électoral. Ce sont les entités qui ont deux présidents différents (l’association des arbitres et l’Africa Sports) qui ont provoqué l’impasse qu’on connait.

– Vous faites partie des jeunes dirigeants qui comptent dans le football ivoirien. Vous avez fait vos preuves avec le Sporting club de Gagnoa. Devenir un jour président de la Fédération ivoirienne de football est-il une ambition qui pourrait vous séduire un de ces jours ?

Avec ce que je suis en train de voir, être président de la fédération ne me tente pas du tout, même s’il ne faut jamais dire jamais. Je préfère donner toute mon énergie à mon club du Sporting. J’ai tout donné au Sporting, il va être difficile pour moi de laisser tomber ce club. Le Sporting est classé 156è meilleur club africain devant des clubs comme l’Africa. C’est une fierté. Il y a encore du travail à faire. Il y a aussi la commune qui me tient à cœur, je veux tout donner pour Gagnoa. Avec tout ce boulot que je dois accomplir, la Fédération ne m’intéresse vraiment pas.

Réalisée par Abdoul Kapo, à Gagnoa
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