Touré Clémentine (Sél des Eléphantes) : « On n’a plus la génération dorée des Drogba et Yaya »

Quelques jours après avoir tiré les boules dans le cadre du tirage au sort de la Coupe du Monde Qatar 2022 zone Afrique, en Egypte, Touré Clémentine a rejoint les bords de la lagune Ebrié pour préparer les qualifications de la CAN féminine. Tout en dévoilant ses objectifs dans le football féminin, elle aborde d’autres questions comme ses expériences à la FIFA et à la CAF, ainsi que les chances de qualification de la Côte d’Ivoire au Mondial 2022.

  • Après Yaya Touré, vous êtes le second Ivoirien, et de surcroît une dame, invité à tirer les boules pour une cérémonie de la CAF. Comment avez-vous vécu cette expérience du tirage au sort des qualifications du Mondial 2022, au Caire ?  

Je voudrais dire merci à la FIF qui me donne la chance d’être la responsable du banc des Eléphants dames, un grand merci à la CAF et à la FIFA qui continuent de me porter leur confiance. Il faut dire que je suis honorée, très honoré d’être la personne qui, en compagnie d’un grand joueur comme Marcel Desailly, a procédé au tirage de la Coupe du Monde  2022  zone Afrique. Je suis très émue et je pense à toutes ces personnes qui me soutiennent. La presse sportive ivoirienne, la Fédération ivoirienne de football, mon époux Haïdara Soualiho, ma famille, le Ministère, toutes ces personnes qui m’encouragent nuit et jour. Je voudrais à travers votre canal leur exprimer ma reconnaissance.

  • Comment avez-vous été cooptée par la CAF et la FIFA pour ce tirage au sort?

Ce sont les résultats de la Côte d’Ivoire au niveau international qui ont rendu cela possible. La CAF et la FIFA suivent de très près les matches des compétitions féminines. Elles ont un regard très sélectif sur les résultats des sélections féminines. Le football féminin reste une priorité pour la FIFA et la CAF. Je pense que j’ai été cooptée par rapport à nos résultats, à savoir la qualification pour le mondial féminin 2015 au Canada, ma présence au TSG (Technical Studies Group) pendant la Coupe du Monde féminine U17 de 2016 en Jordanie et la Coupe du Monde féminine 2019 en France qui a été vraiment très appréciée par la FIFA. Je pense qu’il y a aussi des analyses techniques que j’ai pu faire sur certaines équipes que j’ai suivies qui ont plaidé en ma faveur.

  • Donc la FIFA est satisfaite de votre travail d’experte du football féminin ?

La FIFA est très satisfaite du travail qui a été fait. Humblement, je pense que c’est un atout pour moi. Il ne faut pas oublier aussi mes interventions lors des conférences  de presse de la FIFA lors de la Coupe du monde qui ont été appréciées par tous, de même que ma mission au Caire dans le cadre des Awards du football africain. J’ai été invitée à un panel d’experts du football à l’Université du Caire. Cela a été apprécié par plus d’un, surtout les étudiants  qui ont fait un retour en félicitant nos interventions. Je pense que ce sont des éléments qui ont joué à ma faveur. Quand je rentrais à Abidjan, après la cérémonie des Awards, je ne savais pas que je devrais retourner en l’Egypte. J’ai reçu le courrier 72 heures avant la cérémonie du tirage au sort.

  • Bien avant votre départ, on vous a vu échanger avec le président de la FIF, Augustin Sidy Diallo. Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

Auparavant, avec le président de la FIF, Sidy Diallo, et le vice-président, Sory Diabaté, nous avons parlé de football féminin. Les compétitions féminines sont une priorité pour la fédération, d’où la mise en place de la sélection U17 et l’ouverture de la nouvelle saison du championnat national prévue dans le mois de février 2020. Nous avons également parlé de la CAN Féminine. Ils m’ont dit qu’au vu de la forme  physique, technique et tactique des filles, nous méritons d’être à la CAN. Ils m’ont dit de tout mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, et que de leur côté, ils seront disponibles pour la préparation. Ils m’ont demandé de mettre encore plus du sérieux dans toutes les rencontres que nous aurons à disputer. Le programme de préparation a été validé et ils m’ont demandé de commencer le plus vite possible car, 2020 doit-être notre année. Ils m’ont réaffirmé leur confiance et m’ont demandé de continuer dans la sérénité. Le président Augustin Sidy Diallo s’est dit prêt à m’accompagner pour tout besoin. Sa porte m’est ouverte et il a souhaité que nous nous rencontrions cette semaine, car je lui avais présenté des doléances. Je pense qu’il va réagir très positivement.

  • Membre du Groupe d’Étude de la FIFA, Instructrice FIFA et CAF, sélectionneur des Eléphantes, Clémentine Touré est-elle une étoile pour faire briller la Côte d’Ivoire ?

Je voudrais rendre gloire à Dieu et dire que toute chose concourt au bien de celui qui aime l’Eternel. La Gloire revient à Dieu, à lui seul l’honneur et c’est lui qui permet que je sois appréciée. L’honneur lui revient. La confiance que les gens me portent. La Direction Technique me permet de former des gens au niveau national et la CAF au niveau international. Toute la gloire revient à Dieu. Je pense que je suis jugée sur ce que je transmets, sur les cours, les entrainements et ce sont les personnes douées en la matière qui évaluent mon travail. Je ne peux pas vous dire que Touré Clémentine est la meilleure, mais avec beaucoup d’humilité, je transmets ce qu’on m’a appris. Le reste, c’est le jugement des hommes et je fais le maximum pour être à la hauteur, de donner le meilleur de moi-même chaque fois que j’ai l’opportunité de transmettre un cours et de faire des entrainements. L’appréciation, je la laisse à ceux qui me connaissent. Cette question m’embête un peu.

  • Vous avez dit que l’avenir du football féminin africain est radieux. Sur quoi vous vous appuyer pour faire cette affirmation ?

En réalité, il faut reconnaitre que le football féminin africain a beaucoup progressé, surtout les sélections africaines. De plus en plus, les populations s’intéressent au football féminin. Je voudrais prendre pour exemple la Côte d’Ivoire. Si vous avez pu le constater comme moi, lors du tournoi de l’UFOA 2019, c’était la première fois que la télévision nationale diffusait en direct des matches de football féminin, à savoir le match d’ouverture, les demi-finale et la finale. Je vous assure que ça été un évènement suivi par beaucoup de personnes. Lorsque j’allais au Caire pour le tirage au sort, à l’aéroport, certaines personnes me rappelaient ce tournoi. Si nous avions remporté ce tournoi, ça aurait été un grand évènement pour nous car, ce tournoi a été suivi par une grande partie de la population ivoirienne. Ce tournoi nous a révélés car, les gens ont apprécié le contenu de jeu, les stratégies sur le plan tactique et technique, sur le plan mental. Les gens ont franchement aimé et cela donne de l’espoir au niveau national et continental. 

  • Peut-être aussi certaines perspectives pour la discipline expliquent votre optimisme ?

Avec l’augmentation des équipes, de 8 à 12, aux phases finales des prochaines CAN, il y aura un grand nombre de joueuses, le niveau sera élevé. L’Afrique a besoin de compétitions, car pour se développer, il faut avoir beaucoup de compétitions. Je pense aussi que très bientôt il y aura la champions league des clubs au niveau du football féminin. Ce sont des projets au niveau de la FIFA et de la CAF qui vont permettre une rapide évolution de nos jeunes joueuses sur le continent, avec les différentes catégories qui seront mises en place par nos fédérations. Les U17 et les U20 vont compétir dans leur catégorie et vous comprenez qu’il y aura forcément du progrès. Ensuite, il y a un projet de la FIFA qui sera mis en place en 2020 ou 2021 sur la compétition dans les écoles. Vous comprenez que dans chaque pays il y aura la compétition, ce qui va permettre au football féminin de se développer.

  • Quid du niveau des sélections africaines ?

La Côte d’Ivoire fait bien de mettre en place une sélection de U17. Nous prenons le train en marche comme le Nigeria qui a compris  qu’on pouvait s’exprimer au niveau du football féminin. Il y a aussi la Guinée Equatoriale. Le football est en progrès. Même au niveau des hommes tout change dans des pays comme Madagascar, la Mauritanie, le Cap-Vert qui sont en net progrès. Cela amène à comprendre que le football dans son ensemble progresse sur le continent. Dans presque tous les pays, il y a des compétitions de football féminin. Il y a dix ans en arrière, quand on pense aux barrières culturelles, on ne pouvait pas imaginer des équipes comme la Jordanie participer à une coupe du monde. Il en est de même pour un pays comme le Soudan où il y a des barrières religieuses. Dans d’autres, ce sont carrément des barrières sécuritaires.

  • Ces considérations ont-elles disparu ?

La FIFA travaille dans ce sens. La Jordanie a pu obtenir sa première coupe du monde et cela a été un événement fabuleux.  Aujourd’hui, certains interdits sont en train de disparaitre au niveau africain, asiatique. Le football féminin progresse dans le monde entier, et la dernière coupe du monde avec le succès des Américaines met en exergue le progrès du football féminin. Quand on voit la préparation de ces grandes équipes comme le Japon, l’Allemagne et la France, on se rend compte que l’Afrique a besoin de travailler davantage, de mettre les moyens pour la préparation des sélections. Cependant, la première des choses, c’est d’organiser le maximum de compétitions aussi bien pour les clubs que pour les sélections nationales. Avec les nombreuses compétitions que l’Afrique entend mettre en place, cela donne de l’espoir pour un progrès rapide pour le football  féminin continental.

  • Selon vous qu’est-ce qu’il faut à la Côte d’Ivoire pour être championne d’Afrique ?

Il faut dire que les trophées, c’est Dieu qui les donne. Mais, la Côte d’Ivoire méritait de remporter au moins une coupe d’Afrique au vu de la qualité des joueuses et du talent que nous avons. Rien n’est tard. C’est le plan de Dieu et il faut continuer de travailler. Nous avons besoin de plus de moyens et du minimum de préparation. Vous voyez, pour des matches internationaux, certaines de nos joueuses professionnelles arrivent à la veille des matches. Avec la fatigue des voyages, elles n’ont pas de temps de récupération, après être resté assises pendant des heures. Cela nous pénalise. Nous avons besoins de matches amicaux aussi. Pour préparer une équipe, certes vous vous entrainez, mais si cette équipe n’est pas confrontée à la compétition, c’est difficile de l’évaluer. C’est vrai que nous jouons des matches avec des équipes masculines U17, mais ce n’est pas la même chose. L’objectif est diffèrent, ce que nous pouvons obtenir, c’est sur le plan physique, tactique et les réglages que nous arrivons à faire. Dans le fond, c’est deux images très différentes. Nous avons besoins de matches amicaux. Vous avez constaté que les deux tournois UFOA nous ont été très bénéfiques. Nous avons joué beaucoup de matches, ce qui nous a permis d’avoir un groupe compétitif, homogène, et d’avoir une bonne préparation.

  • L’espoir est-il permis ?

La Côte d’Ivoire regorge de talents et nous sommes capables de rivaliser n’importe quel pays si le travail est fait. Avec la création des ligues de football féminin, il faut qu’il y ait de la compétition dans toutes  les contrées de la Côte d’ivoire. Nous avons détecté des joueuses comme Tia Inès à Guiglo, Nahi José à Guiglo, Ida Rebecca à Yamoussoukro. Au passage, je voudrais dire merci au coach Jean-Marie qui nous a proposé Ida Rebecca qui est aujourd’hui l’une des fiertés du football féminin ivoirien. Il y a plusieurs joueuses que nous avons découvertes dans les contrées, nous voulons donner l’opportunité à tout le monde pour pouvoir jouer au haut niveau. Il y a du talent en Côte d’Ivoire, et si le travail est bien fait avec le minimum, je pense que la Côte d’Ivoire est capable de faire rêver le monde entier au niveau du football féminin.

  • En tant qu’entraîneur de football, et après avoir participé au tirage au sort des qualifications au Caire, quelles sont selon vous les chances de la Côte d’Ivoire de participer à sa 4e Coupe du monde ?

La Côte d’Ivoire est une équipe en reconstruction et nous ne sommes plus à la génération dite dorée composée de Didier Drogba, Yaya Touré et autres. Nous avons joué trois Coupes du monde consécutives 2006, 2010, 2014. Et la reconstruction avec des jeunes comme Pépé Nicolas, Zaha Wilfried et Max  Cornet a besoin de temps pour que la mayonnaise puisse prendre. Il faut être patient. Il faut aborder les rencontres dans la sérénité car il n’y a plus de petites équipes. On a de plus en plus de grands pays de football qui sont battus par des pays qui ont émergé. Le football a progressé partout en Afrique et dans le monde. Les Eléphants doivent respecter leurs adversaires et les prendre au sérieux. Nous devons éviter de les prendre de haut et dire théoriquement, nous sommes supérieurs à tel ou tel pays. Aujourd’hui, tous les pays se sont mis au travail et il ne faut pas penser que nous sommes les meilleurs. Nous devons toujours travailler sans cesse. Il faut avoir une bonne préparation et les équipes qui seront au Mondial seront celles qui auront fait une bonne préparation. Le Cameroun nous a battus dans certaines compétitions, mais ce n’est pas la même équipe du Cameroun. Elle est aussi en reconstruction. Nous avons le même niveau et nous avons les mêmes chances que nos trois adversaires. Il faut tout donner. Et si nous respectons nos adversaires, nous auront la chance de nous qualifier pour le Mondial 2022.

In Le Sport




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