Habib Maïga (FC Metz) : « J’ai connu beaucoup de difficultés et de frustrations ! »

A 24 ans, le milieu défensif Habib Maïga a retrouvé la joie de jouer. Il vit sa saison la plus aboutie en professionnel. Régulier et très présent dans les duels, l’enfant de Gagnoa a également gagné en maturité. Apprécié par son coach Vincent Hognon mais aussi par le public de Saint-Symphorien pour son abattage, l’international Ivoirien des Grenats vit sur un nuage. Mais que ce fut dur… C’est ce qu’il nous a confié l’autre soir dans un restaurant de Metz autour d’un copieux repas.

Ils sont nombreux à vous avoir découvert seulement à l’AS Saint-Etienne, en été 2017. D’où vient Habib Maïga et quel est son parcours ?

(Sourire). Tout a commencé en 2012 avec le tournoi de Montaigü en France, avec comme coach Kamara Ibrahim. Après le tournoi en mars 2012, je me retrouve avec l’AFAD, en Réserve. La saison d’après, je me retrouve à Ivoire Académie. Vainqueur de la CAN 2013, je participe à la Coupe du monde de la même année aux Emirats arabes Unis. Quelques mois après, je suis transféré à l’As Saint-Etienne. Je signe un contrat stagiaire d’un an et demi.

Comment expliquez-vous vos difficultés à vous imposer dans le Forez ?

J’ai connu beaucoup de pépins physiques avec les Verts. Ma première année a vraiment été difficile. J’ai traversé une période compliquée. J’ai dû batailler dur pour imposer le respect parce qu’il y a eu pas mal de frustrations.

Que voulez-vous dire ?

Je suis parti en Russie…

Nous reviendrons sur cet épisode. Prêté puis acheté par le FC Metz, êtes-vous fier de votre parcours jusqu’ici ?

Franchement, je suis heureux depuis la saison dernière. J’ai ce que je recherchais. La tranquillité, la stabilité. Le football, ce n’est pas seulement sur le terrain. Si vous n’êtes pas bien dans la tête, cela se ressens dans vos performances. J’ai retrouvé la confiance à Metz. Quand le club a voulu l’option d’achat, je n’ai pas hésité un seul instant. Tout va bien !

Le FC Metz, c’est une belle communauté africaine avec John Boye (Ghana), Habib Diallo (Sénégal), Opa NGuette (Sénégal), Alexandre Oukidjia (Algérie), Farid Boulaya (Algérie), Kevin N’Doram (Tchad), Angban Victorien (CIV)… Commentaires ?

Il y a beaucoup d’Africains ici effectivement. Je pense que c’est le FC Afrique (Rires) ! Après, il y a une bonne entente. Cela fait que chacun a envie de connaître l’autre. L’ambiance est super bonne. Le Ghanéen John Boye est un ancien. Je ne peux que le respecter. Lorsqu’il disputait la CAN ou la Coupe du monde, je n’étais qu’élève à Gagnoa (Rires). Me retrouver dans le vestiaire avec un tel mec, c’est RESPECT.

Vous avez aussi la chance d’évoluer avec votre ami et compatriote Angban Victorien. Existe-t-il une complicité entre vous ?

Bien sûr. Je connais Victorien depuis 2012. C’est mon ami. On partage beaucoup de choses ensemble. Je vais manger chez lui souvent. Certes il est flemmard mais il vient aussi chez moi quand il peut. On fait presque tout ensemble. On se voit tous les jours. A Metz, Victorien représente ma famille. Et vice-versa.

Considérez-vous le FC Metz comme un objectif atteint ou simplement comme un tremplin ?

Je me sens bien à Metz pour l’instant. Je me concentre sur mes années de contrat ici. Même si j’ai des rêves plus grands, je ne me perturbe pas avec ça. Lorsque ça arrivera, personne ne pourra rien arrêter.

Justement, durant le récent mercato le nom d’Habib Maïga a été entendu du côté de l’Olympique de Marseille. Y a-t-il eu des approches ?

(Il éclate de rire) J’ai effectivement entendu ça.

Est-ce une destination qui vous intéresse ?

C’est l’Olympique de Marseille. C’est un gros club… Mais pour l’instant, comme je l’ai déjà dit, je me sens bien à Metz. Je confirme qu’il y a eu des approches avec mon agent mais sans suite. Je préfère ne pas m’attarder là-dessus.

Peut-on affirmer qu’avec 26 matches joués, un but et trois passes décisives, Habib Maiga est dans la meilleure forme de sa vie ?

Je suis en train de vivre ma meilleure saison. J’avais du mal à enchaîner les matches. A Metz, j’ai retrouvé une certaine stabilité. Il y a moins de stress et moins de blessures. J’arrive à mieux gérer mon corps. Par le passé, des pépins physiques m’ont empêché de m’exprimer. J’enchaîne les matches en Ligue 1. C’est bien !

Le FC Metz devra batailler pour le maintien en Ligue 1 française. Vous y croyez ?

On a beaucoup de chances. Il suffit d’y croire. Il y a de la qualité, de l’envie et de la détermination. On a démontré sur certains matches que le FC Metz a une bonne équipe. Il suffit de croire pour atteindre les objectifs du club. C’est le moment d’engranger les points avec des adversaires de notre niveau car le mois prochain, nous affronterons de gros calibres.

Notre reporter Guy- f lorentin Yameogo (à gauche) en plein entretien avec Maïga à Metz

Revenons à l’AS Saint-Etienne. Pourquoi ça n’a pas marché chez les Verts ?

A l’AS Saint-Etienne, j’ai eu beaucoup de problèmes physiques. J’ai même eu une blessure aux cervicales ou j’ai failli laisser ma vie.

Sérieusement ?

J’ai eu une fracture aux cervicales (août 2015). J’ai encore la cicatrice dans le cou. Cela a entraîné une saison blanche car ça a duré 10 mois. Et j’étais en fin de contrat. Ajouté à cela les problèmes musculaires. Difficile dans ces conditions de signer un contrat professionnel. Malgré tout le club m’a proposé un contrat amateur, pour m’aider. Cela signifie que je n’avais pas de salaire. Je jouais juste avec les couleurs du club. Avec la Réserve, je ne recevais que les primes de matches. Je ne pouvais pas refuser car je n’avais pas beaucoup joué. J’étais payé par Pôle Emploi pendant quatre ans. J’ai caché cela à ma famille. Je ne voulais pas affecter ma mère. J’ai gardé tout cela pour moi. Aux entraînements, je me battais. Ce n’est qu’après quatre mois que j’ai eu enfin mon contrat professionnel.

C’était la libération !

Vous savez, un contrat professionnel, tout le monde peut l’avoir. Mais c’est prolonger, enchaîner les matches en Ligue 1 qui est le plus dur. A Saint-Etienne, les jeunes n’étaient pas mis en avant. A la venue du coach Garcia, il a fait confiance à quelques jeunes mais les dirigeants voulaient des résultats tout de suite. Je n’ai fait qu’un seul match contre Lille avec l’intérimaire Julien Sablé. Du coup, avec le recrutement de Gasset, plusieurs joueurs expérimentés ont signé à Saint-Etienne. Il ne me connaissait pas et ne m’a pas fait confiance. Je faisais de bonnes séances à l’entraînement comme arrière gauche, droit, milieu défensif…

Pourquoi ne vous a-t-il donc pas fait confiance ?

Je ne sais pas. Certainement qu’il avait la pression des résultats. J’ai eu une proposition du Legia Varsovie en Pologne. Avec une bonne proposition financière mais j’ai repoussé la proposition en espérant jouer avec les Verts. Je cirais le banc malgré mes bonnes séances. Vu que le mercato russe ferme ses portes fin février, j’ai signé à Arsenal Toula. J’étais dégoûté. Bizarrement, Gasset refusait de me libérer en raison de mes bonnes performances aux entraînements. Je lui ai clairement dit que j’avais besoin de jouer. Je savais que médiatiquement ça allait être difficile de jouer en Russie mais financièrement c’est bien. J’ai finalement forcé mon départ, lors de la dernière journée du mercato. Je souligne que je suis parti de Saint-Etienne sans palabres.

Racontez-vous votre passage en Russie…

Après une bonne préparation, je me blesse gravement à la 35è minute lors de mon premier match. Blessure musculaire, fin de saison, opération. Je suis resté huit mois sans jouer. Je me fais opérer en Allemagne. C’est d’ailleurs là-bas que pendant ma rééducation, Frédéric Antonetti (coach du FC Metz) m’a appelé.

« La pelouse du Stade Houphouet-Boigny n’est pas bonne. On est impatient de découvrir le nouveau Stade d’Ebimpé »

Que voulait-il ?

Sachant que j’étais blessé, Frédéric Antonetti me voulait en Ligue 2. Il m’a dit qu’il comptait sur moi. A côté, Arsenal Toula refusait de me lâcher malgré mon état de santé. Avec un bon salaire…

Quel dilemme ?

J’avais envie de retourner en Russie mais le discours de Frédéric Antonetti m’a séduit. Ça s’est joué sur des détails. Voilà comment j’ai accepté d’être prêté au FC Metz par Saint-Etienne. J’avais besoin de progressé sur certains domaines et le FC Metz m’offrait la chance de jouer.

Quelles qualités Frédéric Antonetti apprécie-t-il chez vous ?

Il n’a pas énuméré mes qualités mais m’a dit que j’ai du potentiel et qu’il y avait moyen de développer mes qualités. Avant qu’il ne m’appelle, au moment ou j’évoluais chez les Verts, Antonetti avait confié à Gérard Fernandez (Responsable du recrutement du centre de formation de Saint-Etienne), qu’il me recruterait dès qu’il aurait un club. Etant mon mentor chez les Verts, Gérard Fernandez avait confié cela à mon agent. Effectivement, lorsque Frédéric Antonetti a eu un club, il m’a contacté. Cela m’a marqué. Je n’ai donc pas hésité à le suivre.

Il est vrai que l’AS Saint-Etienne a perdu Habib Maïga. Mais depuis quelques mois ce club a un autre Maiga en la personne de votre cadet…

Oui, Abdoul Abass Maiga (arrivé de l’USC Bassam l’an dernier).

A-t-il des chances de réussir dans le Forez ?

Il a de grosses chances. Même au plus haut niveau. Il est complet. Il joue un peu partout au milieu de terrain. Il a eu 19 ans le 4 février. S’il accepte de travailler dur, de faire des sacrifices, il aura une belle carrière.

Abordons le chapitre Eléphants de Côte d’Ivoire. Ils sont nombreux les Ivoiriens à vous considérer comme le successeur de Serey Dié Geoffroy (Ex-capitaine de la sélection ivoirienne). Impressions ?

(Rires) J’ai beaucoup de respect pour Serey Dié Geoffroy. Resté longtemps en sélection et comme capitaine, ce n’est pas donné. J’essaie de rester moi-même, de me faire une place. J’essaie de rendre la monnaie au coach qui me fait confiance par mes prestations pour mériter la confiance.

Patrice Beaumelle vient de remplacer Kamara Ibrahim sur le banc des Eléphants. Commentaires ?

Le staff passe et l’équipe reste. Entre les joueurs et les supporters, le point commun demeure la Côte d’Ivoire. Il faut penser au pays et se mettre à son service. Simplement.

Les 27 et 31 mars, dans le cadre de la 3è et de la 4è journée des éliminatoires de la CAN 2021, vous avez une double confrontation avec les Baréas de Madagascar. Comment appréhendez-vous ce double rendez-vous ?

Ce sera difficile. Après, les Malgaches sont sur la lancée de leurs belles performances à la dernière CAN en Egypte. Si nous mettons tout ce qu’il faut, il y a la possibilité de gagner. Il faudra les aborder en mode guerriers. Si on va en dilettante, on fera fausse route (Les Eléphants comptent 3 points après deux journées).

Rêvez-vous d’évoluer avec les Eléphants dans le nouveau stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé ?

Beh oui ! Qui ne rêve pas d’y jouer ? Je suis même impatient. Ne nous cachons pas les choses, la pelouse du Stade Houphouët-Boigny n’est pas bonne. On a tous envie de découvrir le nouveau stade d’Ebimpé. Je suis impatient (Rires) !

Interview réalisée à Metz par Guy-Florentin Yameogo
info@sportmania.ci





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