Gervinho (Hebei China Fortune FC) : « Les Eléphants n’ont pas montré la bonne attitude à la CAN »

En pleine rééducation après sa rupture des ligaments croisés, Gervinho passe actuellement quelques jours de repos à Abidjan, auprès des siens. Sportmania.ci a rencontré le dribbleur du Hebei China Fortune FC pour évoquer avec lui le fiasco de la Côte d’Ivoire à la CAN 2017, son avenir dans le championnat chinois et l’intérêt que lui porte l’Olympique de Marseille.

 

Cela fait quatre mois que vous avez été victime d’une rupture des ligaments croisés du genou gauche. Comment vous vous sentez aujourd’hui ?
Je ne dirai pas que je suis guéri, mais je vais nettement mieux qu’il y a quelques mois en arrière. Je peux vous assurer que les choses avancent bien dans le bon sens.

Est-ce envisageable que vous reprenez dans deux mois comme cela avait été annoncé ?
Je ne sais pas, mais je ne mène pas une course contre la montre. J’essaie de ne pas précipiter les choses, d’aller tout doucement. C’est une blessure assez lourde. Les médecins m’ont donné pour consigne de ne pas précipiter les choses. Ils ont vraiment insisté là-dessus. Il faut totalement être remis avant de revenir à la compétition pour éviter tout risque de rechute après. J’essaie de me concentrer sur la rééducation, de faire les choses étape par étape. Après la rééducation qui est très importante, on passera à l’étape des courses.

Vous connaissez très bien votre corps. Quand vous l’écoutez, qu’est-ce qu’il vous dit ?
Mon genou a retrouvé sa mobilité. Je parviens à marcher sans béquille, j’arrive à fléchir mon genou, je fais beaucoup de mouvements.  Il y a eu beaucoup d’amélioration. A ce niveau, je suis vraiment satisfait. Les médecins et tous ceux qui me suivent depuis le début, ont effectué un formidable travail. Le chemin est encore long avant de retrouver la plénitude de mes moyens physiques, mais j’ai effectué de grands progrès.

Vous dont le jeu est basé sur la vitesse et les dribbles, n’avez-vous pas peur de perdre vos qualités à votre retour ?
Non, pas du tout. C’est pour cette raison que je dois bien me soigner. Quand je me suis blessé, je me sentais très affaibli. Ce n’était pas facile tous les jours. C’est une blessure que tout footballeur aimerait ne jamais contracter dans sa carrière. Mais je n’ai pas baissé les bras, j’ai gardé le moral. Ma famille, mes proches et mes amis m’ont permis de garder le moral. Je n’ai vraiment pas d’appréhensions. Je fais tout ce qu’il faut pour revenir à mon meilleur niveau lorsque je vais reprendre la compétition.

 

‘’On ne peut pas tout mettre sur le dos du sélectionneur ‘’

 

Avec le recul, avez-vous été surpris par la débâcle des Eléphants à la CAN 2017 ?
Je ne vais pas mentir : en tant que capitaine, en tant que joueur, en tant que supporter de l’équipe, j’ai été très surpris par notre fiasco. Voir la Côte d’Ivoire se faire éliminer dès le premier tour d’une CAN, qui pouvait l’imaginer ? Depuis que je suis en sélection, je n’ai jamais connu cela. En plus, on était les champions en titre. L’objectif était de sortir du premier tour pour ensuite aborder les matches étape par étape jusqu’en finale. Secrètement, on espérait remporter encore le trophée. Cette élimination au premier tour a donc été une grosse déception pour nous tous.

Même si vous étiez éloigné de l’équipe, avez-vous une idée sur les raisons de ce crash monumental ?
Il y a eu beaucoup de manquements. L’équipe ivoirienne n’était pas solidaire sur le terrain, elle manquait aussi de motivation. Ce sont des vertus qui nous avaient  permis de gagner en 2015. La plus part des équipes qui gagnent les grands tournois comme la CAN, elles le gagnent grâce à l’envie, la solidarité entre les joueurs sur le terrain, le don de soi. Même les remplaçants doivent jouer un rôle important avec un staff technique soudé derrière. C’est un travail d’équipe. Cette année, on a manqué de tout ça. Ce sont des qualités que les Camerounais ont démontré durant toute la compétition. Ils n’avaient pas les meilleures individualités, ils n’ont pas non plus produit la meilleure qualité de jeu, mais ils étaient très soudés comme nous l’avions été en 2015.

Après Le Mans, Lille et l’AS Roma, Gervinho et Rudi Garcia vont-ils collaborer à Marseille ?

Est-ce la faute au sélectionneur si l’équipe n’a pas été capable de montrer ses vertus ?
(Il réfléchit) On ne peut pas tout mettre sur le dos du sélectionneur non plus. Le coach avait fait un bon travail pendant les éliminatoires. Il avait aussi fait une bonne préparation. Après, la CAN, c’est autre chose. C’est un autre niveau. Il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en ligne de compte. C’est vrai qu’il n’a pas atteint les objectifs qui lui avaient été fixés, mais on ne peut pas le tenir pour le seul responsable de notre échec. Je suis sûr que le coach aurait aimé être sacré champion d’Afrique. On lui dit merci pour tout ce qu’il a fait pour nous et on lui souhaite bonne chance pour la suite de sa carrière.

Le sélectionneur a révélé l’existence de tensions au sein du groupe. Cela vous surprend ?
J’ai effectivement discuté avec le sélectionneur sur un certain nombre de choses qui se sont déroulées au sein du groupe pendant la CAN.

Et qu’est-ce qu’il vous a confié ?
Je ne vais pas vous le dire. Ce sont des discussions qui restent entre lui et moi. Je sais effectivement que des choses pas gaies se sont passées dans le groupe. C’est lui qui était le chef. C’est donc lui qui peut vous en dire plus. Mais ce qui est fait est déjà fait. Ça ne sert rien de remuer le couteau dans la plaie. Il faut tourner la page et aller de l’avant. Le coach a fini sa mission, il est parti. Il nous appartient de penser à l’avenir, de rester concentrer sur nos prochains objectifs qui sont la qualification pour la Coupe du monde 2018 et la CAN 2019.  Il faut trouver un nouvel entraineur qui pourra faire progresser les joueurs, leur donner du plaisir et faire gagner à nouveau l’équipe.

Michel Dussuyer a clairement fait savoir que Max Gradel était le grognon du groupe et qu’il n’était pas content du fait que le brassard soit confié à Serey Dié. N’avez-vous pas l’impression que ce groupe était pourri avant même le début de la compétition?
Si le sélectionneur l’a dit et que cela est vrai, ce n’est pas une bonne chose. Mais Max (Gradel) est un jeune qui est bien. Je suis quand même surpris parce qu’il ne devait pas avoir de problèmes dans ce groupe à cause de sa jeunesse. Comparativement à certaines années, c’est un groupe qui devait être facile à gérer. Après, on ne peut pas prévoir à l’avance ce qui peut se passer dans un groupe.

Pensez-vous que si vous étiez présent dans le groupe, les choses se seraient passées autrement ?
Je ne peux pas affirmer cela. S’il était écrit que les choses devaient mal se déroulées, ma présence n’aurait pas servi à grand-chose. Mais peut-être que mon expérience et mon vécu en sélection m’auraient permis de désamorcer certaines tensions.

 

‘’Si Marseille est intéressée, qu’ils discutent avec mon club”

 

Après la défaite contre le Maroc à Oyem, Salomon Kalou a fait savoir qu’il mettait un terme à sa carrière internationale. Avez-vous eu l’occasion d’évoquer le sujet avec lui depuis ?
Oui. Je l’ai eu au téléphone. A mon avis, je pense qu’il y a eu un malentendu. Il a dit que c’était sa dernière CAN, mais il ne prend pas sa retraite internationale. Il n’a que 31 ans, il peut donc apporter beaucoup à l’équipe. C’est un joueur dans sa pleine maturité. On a vu Messi annoncer sa retraite internationale avant de revenir sur sa décision. Salomon va jouer encore pour la sélection et continuer de donner du plaisir aux Ivoiriens comme il l’a toujours fait.

Avant votre blessure, votre nom a été évoqué du côté de l’Olympique de Marseille avec l’arrivée de Rudi Garcia. Ce n’était que des rumeurs ?
Tout est parti de l’arrivée de Rudi Garcia à Marseille. Comme j’ai toujours travaillé avec Rudi Garcia ; les gens se sont donc dits que je le rejoindrai une fois de plus. Qui dit Gervinho dit Rudi Garcia. Qui dit Rudi Garcia, dit Gervinho. Mais je ne pense pas que c’est le moment de quitter la Chine où je viens d’arriver. C’est trop tôt pour parler de départ. Mais je suis content pour Rudi. Il a trouvé un bon challenge où il a la liberté de travailler et de mettre ses idées en place. Il va faire franchir à l’Olympique de Marseille beaucoup de paliers car c’est un technicien formidable.

L’OM est en train de monter une grosse équipe. Elle a même déjà rapatrié un joueur comme Dimitri Payet. Quelle serait votre réaction si Marseille décidait de vous associer à ce projet ?
Qu’ils discutent avec mon club ! C’est simple, qu’ils discutent avec mon club.

Vous ne direz donc pas non si l’OM vous faisait une offre ?
Dans le foot, il ne faut jamais dire jamais. On ne sait jamais de quoi l’avenir peut-être fait. En plus, j’ai une relation particulière avec Rudi Garcia. Mais aujourd’hui, je suis dans un club où je me sens bien ; où je me sens investi d’une mission, celle de faire progresser et connaitre le football chinois. C’est un défi très excitant. Pour l’instant, on ne parle donc pas de départ.

 

Réalisée par Abdoul Kapo




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