Billet : Projets utopiques, violence verbale… il y aura une vie après l’élection à la FIF

Il y a quelque chose de sportivement gênant, dans l’attitude du Comité National Olympique en acronyme CNO, qui a cru de bon monter au créneau pour s’inviter dans le vuvuzela autour de la future élection à la FIF. Aussi, a-t-il rapidement sollicité une concertation avec les supposés candidats, pour éteindre les feux de la tension, de l’intoxication et des nombreux dérapages constatés çà et là autour de cette élection. Dans le fond, cela ne pose aucun problème. Car, après tout, il s’agit d’un appel à l’apaisement. Et personne ne peut s’élever contre la paix. En revanche, l’opportunité d’une telle concertation dérange quelque peu dans la forme. Car, aucun dossier de candidature n’a encore été réceptionné officiellement par une quelconque Commission Electorale. D’autant plus que celle-ci n’a pas encore été installée.

Dès lors, un simple communiqué pour un rappel à l’ordre des partisans de ces supposés candidats aurait suffi. Comme l’a d’ailleurs fait Jacques Anouma, l’ex-président de la FIF et, par ailleurs, « Médiateur CAF et FIFA ». Or, en organisant une réunion avec les trois candidats supposés, c’est un peu mettre la charrue avant les bœufs. Car, qu’est-ce qui prouve que d’ici-là, c’est-à-dire au moment du dépôt des candidatures, l’un des supposés postulants ne jettera pas l’éponge ? L’exemple d’Eugène, le président du Séwé de San Pedro, est là pour l’attester. Car, non seulement il fut le premier à avoir annoncé à grand bruit sa candidature, mais il a aussi été le premier à l’avoir froissée, balancée à la poubelle avant d’aller se jeter dans les bras de Didier Drogba.

La CE n’a pas encore été installée. Les candidatures ne sont, non plus, pas ouvertes. Le chronogramme n’est aussi pas connu. Et officiellement la campagne n’est pas ouverte. Il est vrai que les partisans des supposés candidats n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Et certains donnent même dans la violence verbale. Dans l’intolérance et dans l’extrémisme le plus abject. Le CNO se devrait donc de les recadrer. En les suppliant de mettre balle à terre. Mais un communiqué aurait suffi pour rappeler tout le monde à l’ordre. Bof, le vin étant tiré, il faudra bien le boire…glouglou ! Mais passons !

Des journalistes devenus des porte-voix des candidats

La passion autour de cette élection ne faiblit pas. La toile est toujours en ébullition. Les débats sont toujours houleux, enflammés et enragés. Les partis pris des uns et des autres sont flagrants. Même la presse sportive n’observe plus cette neutralité que lui impose la déontologie. Elle s’est carrément rangée derrière le candidat de son choix. Elle n’informe plus. Pour ce scrutin, elle entend mouiller le maillot aux côtés de son capitaine. Qu’elle soit « Drogbaiste », « Diabatéiste » ou « Dialloiste », elle est sur tous les fronts de l’attaque, de la défense. Et de la contre-attaque. Et qu’elle joue en 4-4-2, 4-3-3 ou encore en 5-3-2, peu importe ! Toujours est-il qu’elle a déposé la plume, rangé son micro et mis au placard tout son arsenal de travail. Ainsi que les règles sacro-saintes de sa profession. En un mot comme en cent, cette presse sportive a désacralisé les faits. Et enchaîner les commentaires. Pour dire vrai, au regard de leurs activismes, on ne peut pas dire que les hommes des médias, dans cette élection, ne sont pas des porte-voix officiels des candidats. Et chacun, selon le bord auquel il appartient, défend donc avec acharnement sur les plateaux télé le programme de son « capitaine candidat ».

Un constat saute, cependant, aux yeux. Aucun ne voit la poutre dans son propre œil, mais plutôt la paille dans l’œil du voisin. Ici on relève les insuffisances dans le projet de l’adversaire. Et là on se garde de critiquer le côté utopique du programme de son propre candidat. Vous avez dit programme ? Bien sûr qu’on parlera du projet des candidats. Ils seront même passés à la moulinette pour mieux apprécier leur faisabilité ou leur caractère utopique. Et à ce niveau, nous ne pensons pas que la presse sportive ait des leçons à recevoir de qui que ce soit. Ni de professionnalisme, encore moins de neutralité. Ce n’est pas parce que certains ont choisi de hurler avec les loups pour soutenir leur candidat que les médias doivent leur emboîter le pas. Non, la presse sportive ne fonctionnera, ni au gré, ni aux desideratas, encore moins au bon vouloir des humeurs des partisans de certains candidats. Fussent-ils ceux de Didier Drogba. Et le football ivoirien a un passé électoral. Il n’est pas à sa première élection. Ce n’est pas parce que DD est candidat que la vie du football ivoirien devrait s’arrêter ou rouler à la vitesse grand « V ». Pour tout dire, si certains soutiens indéfectibles de DD ont fait de son élection à la tête de la FIF, une question de vie ou de mort, pour les autres, la vie continuera de tourner, le ballon roulera toujours, avec DD président ou pas. Qu’on se le tienne pour dit.

Certains projets ne pourront relever que du l’utopie

Pour en revenir justement à ces fameux projets, certains supposés candidats ont promis de moderniser et de développer les infrastructures. Quand d’autres comptent en doter les clubs grâce à une subvention annuelle de 200 millions de F Cfa. Soit 25 millions pour les 8 premiers clubs pour la réalisation d’aires d’entraînement. Chapeau. Sauf que personne ne nous dit où il ira chercher ce financement. Il en est de même en ce qui concerne les infrastructures sportives que l’un des candidats voudrait moderniser. De quelles infrastructures s’agit-il ? Celles de l’Etat ou de nouvelles qui seront construites pour les clubs ? Et où va-t-il trouver le financement ? Une chose est de promettre. Une autre est de réaliser. Or, au regard de la pandémie du coronavirus qui a fragilisé les économies du monde entier, il n’est pas certain que le football ivoirien renoue avec une attractivité et une compétitivité économique de sitôt. Car, forcément, cette pandémie aura un impact négatif sur la gestion de notre sport-roi.

Dans ces conditions le foot ivoirien ne saurait faire l’économie d’une vraie concertation entre ses acteurs pour mieux se préparer à limiter les dégâts. Sinon ça serait la catastrophe. Déjà que le tableau n’est pas reluisant. Il n’est donc pas certain que les beaux projets des candidats puissent passer la promesse des fleurs à la réalité du terrain. Et ils ne pourront relever que de l’utopie. Parce que le Covid-19 serait passé par là.

Par Kambiré Elie in Supersport

Nb : Le titre est de la Rédaction de Sportmania.ci




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