Judo-Rudolphe Affro : « Je ne comprends pas ma mise à l’écart en Côte d’Ivoire »

Valeur sûre du judo ivoirien, Rudolphe Affro (-73 kg, 28 ans), tireur ivoirien né en France, a pour ambition d’offrir un titre international à la Côte d’Ivoire. Le pensionnaire du judo club Poissy qui collectionne les titres en France, n’a jamais connu la joie d’une médaille pour son pays. Affro nous livre ses joies, peines et ambitions dans cette interview qu’il a bien voulu nous à accordés.

 

Dites nous déjà que vous inspire à mi-parcours cette saison 2018 ?
Une saison mitigée, je pourrais dire. Aujourd’hui en judo, je n’ai pas encore réussi de grosses performances avec la Côte d’Ivoire. J »ai participé au tournoi de Paris où je perds face au vice-champion d’Afrique au golden score sur une action litigieuse. Mais c’est le jeu. Puis, je perds au 1er tour au grand prix d’Agadir contre un Britannique. Et pas de sélection pour les Championnats d’Afrique où j’avais pourtant terminé 7ème l’an dernier. A rebours, je suis en équipe de France de jujitsu où j’ai performé avec 5 médailles nationales, 1 médaille internationale, un titre de vice-champion de France, une 5ème place au tournoi de Paris et une place de remplaçant pour les championnats d’Europe.

Exceptionnelle saison, serais-je tenté de dire. Malgré ces prouesses en France, vous semblez laissé sur le bas côté par la Côte d’Ivoire. Comment vous vivez et expliquez ce paradoxe ?
Je pense que le fait de vivre en France, de m’entraîner qu’en France et le fait de ne pas avoir de contact avec certains entraîneurs, mon président et les autres athlètes de l’équipe de Côte d’Ivoire (malgré les relations via les réseaux sociaux) peut gêner certains, ce qui peut être compréhensible. Mais je pense qu’ici, j’ai les moyens de m’entraîner très dur et c’est ce que je fais. J’ai eu la chance de participer à de très grosses échéances telles que les Championnats du monde ou le tournoi de Paris. Mais j’ai conscience de mon niveau et j’ai besoin de plus de compétitions de moindre échelle. Je sais que le budget alloué à la fédération est très restreint mais le fait de ne pas me laisser disputer les Championnats d’Afrique malgré l’aide de mon club est bien dommage.

« Je rêve d’une médaille internationale avec mon pays »

 Selon vous, quel serait le réel mobile de cette non sélection ?
Sincèrement, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été sélectionné pour les Championnats d’Afrique de cette année. Je m’étais pourtant entraîné efficacement et sérieusement pour cette campagne. C’était une compétition capitale qui m’aurait permis de grappiller le plus de points possibles. Malheureusement, la mort dans l’âme et à mon corps défendant, je n’ai pas eu l’occasion de m’exprimer. Je ne discute pas les raisons de ma non sélection. Seuls les sélectionneurs ont le libre choix et je le respecte Mais j’ai beaucoup de peine. Surtout qu’on m’avait annoncé que j’y serai pour défendre aussi les couleurs de mon pays.

Croyez-vous que certains sportifs ivoiriens expatriés sont victimes d’une marginalisation au profit de ceux qui vivent au pays ?
Je ne sais pas si l’on peut parler de marginalisation. Je n’ose pas m’aventurer sur ce chemin là. Je ne connais pas les réalités de mes autres compatriotes. Toutefois me concernant, le staff m’a fait confiance. Et je n’ai pas encore réussi à être à la hauteur de cette confiance. C’est peut-être pour cela. Mais je travaille dur pour leur faire plaisir et mériter pleinement leur confiance. Pour ce qui est de ceux qui sont présents au pays, j’estime qu’ils se donnent à fond pour mériter la sélection. Il n’y a donc pas de marginalisation et de complaisance dans la gestion des athlètes. Nous avons tous les mêmes chances.

Vous qui avez la double nationalité sportive et qui voyez avec quel professionnalisme les choses se font en France, qu’est- ce qui devait être corrigé ou revu en Côte d’Ivoire par les dirigeants et autorités du sport ?
Je surferai sur l’aspect financier. Mes collègues de l’équipe nationale ont besoin d’un meilleur accompagnement. Tant pour les entraînements que pour les compétitions. Aussi, devraient-ils bénéficier d’un soutien financier plus important. Cela afin qu’ils s’investissent plus et performent sans cesse. Car ils seront à l’abri de tout souci financier.

Nonobstant cette inconsidération ou injustice en Côte d’Ivoire, vous y restez attaché  alors que la France vous rend bien ce que vous lui donnez…
Je tiens à la Côte d’Ivoire et je me battrai toujours pour elle. On a qu’un seul pays. Et il m’est cher. D’ailleurs, je remercie l’encadrement technique et les dirigeants pour toute l’expérience que j’ai pu engranger. Je rêve d’une médaille internationale avec mon pays.

« A la Coupe du monde, mes favoris sont l’Espagne et le Portugal »

 Avec un seul athlète à Rio aux derniers JO, le judo ivoirien rêve de qualifier plusieurs athlètes pour Tokyo 2020. Croyez- vous en ce challenge ?
Bien évidemment ! J’y crois fermement. Cela est fort possible. Nous avons de nombreux athlètes composés d’anciens et de jeunes loups aux dents longues. Cette génération est prometteuse. Je leur envoie tous mes encouragements. Quant à moi, j’espère de tout cœur participer aux Jeux Olympiques de 2020. Mais la route est encore longue car il faut réaliser l’exploit de se qualifier. Cela passe nécessairement par la multiplication des compétitions d’envergure pour marquer un maximum de points.

Quelles sont vos prochaines compétitions ?
Pour l’heure, mon agenda en judo reste vide en attendant de saisir toutes les opportunités que la sélection m’offrira. Sinon, je me consacrerai entièrement au jujitsu pour la préparation des  Championnats du monde prévus pour se tenir en novembre.

Pour vous qui êtes un Ivoirien né en France, en l »absence de la Côte d’Ivoire à la Coupe du monde, votre cœur bat forcément pour les Bleus. Où pensez-vous qu’ils arriveront et quels sont vos favoris pour ce Mondial russe ?
L’équipe de France est une constellation de jeunes talents enthousiastes et bien volontaires comme Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et autres. Ils pourront atteindre la demi-finale. Mais, mes favoris sont l’Espagne et le Portugal qui paraissent au top. D’autres sélections comme la Croatie, la Russie auront leurs mots à dire. Sans oublier la Belgique et l’Allemagne. Aux représentants africains, je leur souhaite une bonne chance.

 

Réalisée par Lebéni KOFFI
info@sportmania.ci




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