Foot, Crise à la FIF : Ses grands amis de Sidy Diallo qui l’ont lâché

Cela fait deux mois que la Fédération ivoirienne de football (Fif) est secouée par une crise sans précédent. Celle-ci pourrait déboucher sur la dissolution du Comité exécutif conduit par Sidy Diallo comme sur le renforcement des pouvoirs de ce dernier. Mais comment a-t-on pu en arriver à ce qui s’apparente à un drame dans le football ivoirien ? Il suffit de se référer à la démission progressive des piliers du régime Sidy pour comprendre que les relations entre les membres du Comité exécutif de la Fédération n’ont jamais été choses aisées.

Lorsqu’en 2011, au lendemain de la crise post-électorale dans le pays, Sidy Diallo demande à briguer la présidence de la Fif, conduite par Jacques Anouma, il a besoin de soutiens en interne comme de nombreux autres acteurs du football ivoirien. En peu de temps, il parvient à cette fin et peut compter sur des hommes clés pour renverser Anouma, alors qu’il n’est dirigeant d’aucun club, comme l’exige les textes de la Fédération.

Une fois élu, les hommes de mission ont fait bloc autour du président choisi par les clubs, mais très vite, la lune de miel va se transformer en un cauchemar. Visiblement habité par un agenda caché, le locataire de la Fif va fermer la porte à ses amis d’hier. D’Ahmed Fofana au très fidèle Malick Tohé en passant par Brizoua Bi, Eric Monnet, Pierre Gondo et Berthe Adou, Sidy Diallo a vu partir des boulons importants de son système qui ont finalement fragilisé son équipe.

Brizoua Bi : le ton est donné

Me Michel Brizoua-Bi a été le premier à faire ses valises. C’est le 2 mai 2014 que ce bon serviteur dans la lignée de son père (ex-président de la Fif entre 1980 et 1988), a quitté ses fonctions. Il était le premier a dénoncé un dysfonctionnement dans la gestion des affaires de la Fif, trois seulement après l’élection de Sidy Diallo. Juriste de son état, Brizoua Bi était en charge de la Commission juridique. Dans son courrier de départ, il évoquait de sérieuses défaillances dans le fonctionnement de l’administration fédérale, la mise en veilleuse des réunions du Comité exécutif pendant trois mois, la paupérisation et la perte de la compétitivité des clubs ivoiriens. « Ces dysfonctionnements engagent le Comité exécutif même lorsqu’il est mis devant le fait accompli lors de certaines décisions majeures comme le choix du sélectionneur national ou la conclusion de contrats de sponsoring », avait relevé Brizoua Bi. Quatre ans après, les mêmes remarques sont contenus dans la requête de 19 points soumis par les clubs dissidents réunis au sein du G42. Preuve qu’aucune amélioration n’a pu être constatée dans la gestion des affaires de l’institution footballistique ivoirienne. Que les choix des sélectionneurs se sont toujours opérés dans un cercle restreint et que les détails des contrats de sponsoring échappent encore aux dirigeants de clubs, qui pourtant ont élu un homme.

Ahmed Fofana : dans la foulée de Brizoua

Il se nomme Ahmed Fofana. Discret, courtois et efficace dans le travail, l’ancien dirigeant de l’Africa Sports était vu comme celui qui quitterait le navire en dernier (fidèle lieutenant de Sidy Diallo), en cas de vagues, mais c’est bien lui qui a pris la porte en second (le 7 mai 2014) à la surprise générale des observateurs du football ivoirien. Trois jours quasiment après Brizoua Bi, Fofana était parti. Il a déposé sa lettre de démission dans laquelle, celui qui était un membre important du Comité exécutif de la Fif, reprochait à Sidy Diallo sa manière « cavalière et son manque de respect pour ses collaborateurs ». Selon lui, ses nombreux échanges avec le patron de la Maison de verre n’avaient rien changé en l’attitude du patron de la Fédération. Pourtant pour ce dirigeant intègre, « les conditions de réussite d’un travail d’équipe sont simples. Collaboration franche, gestion transparente de l’information, respect mutuel et humilité dans les relations entre le +capitaine+ de l’équipe dirigeante et ses collaborateurs élus du Comité Exécutif. Mon appel à récréer l’unité, n’ont malheureusement produit aucun changement». Depuis bien longtemps, Fofana ne reconnaissait plus le dirigeant auprès duquel il s’était engagé. Il a choisi de claquer la porte. Et l’avenir continue, presque à lui donner raison. Les dirigeants de clubs, pour la plus part, peinent à expliquer le refus de collaboration de leur président.

Eric Monnet : une affaire de détournement

Lors de la campagne électorale de 2011, Eric Monnet aura joué un rôle majeur dans la mobilisation des clubs de l’intérieur du pays autour de la cause de Sidy Diallo. Pour l’en remercier, il s’est vu confier la gestion de la sélection nationale première (manageur général) au sein du Comité exécutif. Mais très vite, le désamour va s’installer. Après la Can féminine de 2013, il est accusé de détournement de fonds destinés à la compétition. Plus de 23 millions Fcfa aurait été remis au Manageur d’alors et ce dernier n’aurait pas affecté correctement les sommes allouées aux bénéficiaires. La prime de vacation, notamment a été au cœur d’une grosse polémique entre la Fédération et le concerné qui était attendu pour apporter un éclairage sur l’enveloppe de dix millions Fcfa disparue. Hélas, celui-ci ne viendra jamais et l’affaire restera presque sans suite.

Berthe Adou : victime d’une envie de conciliation

La rumeur sur les bisbilles entre Berthe Adou et Sidy Diallo ont débuté en mars 2013. A cette époque, la dame choc de l’équipe de Sidy souhaitait un rapprochement entre l’actuel président de la Fif et son prédécesseur Jacques Anouma. Une initiative soutenue par le directeur exécutif d’alors, Ahmed Fofana. Malheureusement, celle-ci ne prospérera jamais et le courant ne passera plus jamais entre Berthe et Sidy. Apostrophée sur le sujet par les confrères de l’Intelligent d’Abidjan, elle répondra : « Je ne sais pas pourquoi vous voulez que les rapports se détériorent, parce qu’il y en a qui le veulent. Je ne sais pas si leurs prières vont être exaucées. C’est Dieu qui décide de tout. J’ai de très bons rapports avec Sidy Diallo. Nous sommes des êtres humains. Je ne peux pas dire que nos rapports sont parfaits, mais je dis que nous sommes en de bons termes. Je fais la part des choses. Il y a le côté Fif et le côté amical et fraternel ». Mais en février 2016, après sa réélection, Sidy Diallo forme sa nouvelle équipe sans perdre de temps. Et la principale victime n’est autre que Berthe Adou Caye. La Commission de football féminin lui est arrachée. Berthe Adou est même persona non grata au siège de la Fédération ivoirienne de football. C’est désormais depuis le salon de son domicile qu’elle suit l’actualité sportive de son pays.

Pierre Gondo : arroseur arrosé

Alors porte-parole de la Fédération, Pierre Gondo était celui qui apportait toutes les répliques à la presse pendant les premières départs des membres de l’institution. Il a particulièrement été très actif pendant l’affaire « Eric Monnet », animant coup sur coup plusieurs conférences de presse. Mais le dirigeant du Co Bouaflé ignorait certainement que viendrait c’est tour. Depuis 2016, il n’est plus en odeur de sainteté avec son mentor Sidy Diallo. Ejecté de l’entourage de Sidy Diallo, il a longtemps ruminé sa colère avant de faire le choix du G42 au mois de décembre 2017. C’est d’ailleurs à ce moment que la Fif a choisi de lui fermer les portes et de prononcer son renvoi. « La Fédération ivoirienne de football (Fif) informe les clubs, les groupements d’intérêts, la presse et le public sportif de ce que monsieur Gondo Pierre, précédemment juriste employé au sein de la Fif, ne fait plus partie du personnel de la Fédération, depuis le 22 décembre 2017 », pouvait-on lire dans une déclaration de la Fédération transmise aux différentes rédactions. Il est reproché à Gondo de s’être entretenu avec Vagba Alexis, président de l’Africa Sport afin de signer le document exigeant la tenue d’une assemblée générale extraordinaire. Pierre Gondo a fait figure de grands soutiens de Sidy Diallo lors de la première campagne de ce dernier. Il connaît désormais la maison et son départ a surpris plus d’un.

Malick Tohé : qui l’eût cru ?

Evidemment personne dans le milieu du football ne pouvait parier sur le départ de Malick Tohé du Comité exécutif de la Fif. Fidèle des fidèles, il était au poste de deuxième vice-président en charge du sponsoring. Le dernier sponsor qu’il a contribué à mobiliser pour la Fédération n’est autre que le groupe Canal+. Malheureusement, l’ambiance au sein de la maison n’étant plus saine, l’homme a décidé de partir. Un départ qui aurait pu acter depuis belle lurette, mais qui a mis du temps pour se faire. Puisqu’à maintes reprises, de nombreux médiateurs se sont ingérés dans l’affaire pour éteindre le feu. Par moment, cela parvenait à calmer les esprits et l’on pouvait pouvoir voir le président de la Fif, Sidy Diallo publier un communiqué laconique pour annoncer un intérim à la Fédération, conduit par Malick Toé. Seulement, le semblant ne pouvait plus perdurer. Au lendemain de l’élimination des Eléphants de la qualification au Mondial 2018, au cours d’un match où la sélection ivoirienne était noyée au milieu d’annonceurs marocains sur leur propre pelouse, Toé a décidé de partir. Il n’avait pas été associé au deal. Dans les faits, il n’a pas déposé sa candidature. C’est donc la Fif qui l’a provisoirement suspendu, en attendant d’être auditionné. Si Toé a confié l’affaire à ses avocats, il n’a en revanche pas encore expliqué officiellement, les raisons de sa mise à l’écart.

 

Source : Le Temps




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