Rétro 2017 : Le jour où Viera a découpé Serge Aurier

Jusqu’au 31 décembre, Sportmania.ci a décidé de vous (re) proposez les articles qui auront marqué l’année 2017. Troisième épisode avec l’interview choc qu’Ousmane Viera Diarrassouba a accordée à Sportmania en juillet. Une interview qui a provoqué un séisme sur la scène footballistique. 

Viera, vous avez évolué la saison passée avec Adanaspor après trois ans passés à Rizespor. Quel bilan personnel et collectif pouvez-vous faire de votre saison ?

Au niveau collectif, le bilan est mauvais puisque le club a été relégué en deuxième division au terme du championnat. On avait bien commencé la saison, mais ensuite les choses ne sont pas allées dans le bon sens. On n’est pas parvenu à redresser la barre. A un plan plus personnel, je dois dire que j’ai vécu ma saison la plus horrible depuis mes débuts professionnels. C’est une saison à vite oublier.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai rencontré des problèmes avec les dirigeants. Quand la Fédération (Fédération ivoirienne de football) m’a convoqué pour la CAN 2017, mes dirigeants m’ont intimé l’ordre de ne pas répondre à la convocation. Je leur ai dit qu’il était hors de question que je laisse tomber mon pays. Ils m’ont alors rétorqué que si je partais, c’était à mes risques et périls. A mon retour de sélection, l’entraîneur m’a sorti de l’équipe des titulaires. Des fois, je n’étais même pas remplaçant. C’est la première fois que je me retrouvais dans une telle situation.

Avez-vous demandé des explications au coach ?

Si. Il m’a dit que la décision de m’écarter de l’équipe venait des dirigeants. Qu’il était triste de cette situation parce qu’il avait énormément besoin de moi vu que les résultats n’étaient pas bons. Après, l’un des dirigeants m’a clairement fait savoir que je payais mon entêtement d’être parti en sélection. Dès lors, je n’ai plus rien dit.

Regrettez-vous d’être parti en équipe nationale d’autant plus que là-bas aussi vous n’avez finalement pas été retenu pour la CAN 2017 ?

(Catégorique) Je ne regrette absolument rien ! Si c’était à refaire, je prendrais la même décision. Même si c’est mon club qui me paye, je place les intérêts de mon pays au-dessus de tout.

 

‘’ Je place les intérêts de mon pays au-dessus de tout’’

 

Aujourd’hui, pouvez-nous dire ce qui s’est réellement passé avec vous à Abu Dhabi avant le départ de l’équipe pour la CAN ?

Il s’est passé que le coach (Michel Dussuyer, sélectionneur des Eléphants à l’époque) est venu me voir dans ma chambre qu’il était triste de m’annoncer ma non sélection pour la CAN 2017.

Aussi simplement ?

Oui, aussi simplement.

Pourtant, il avait auparavant annoncé à Nicolas Pépé que c’est lui qui n’irait pas à la CAN. Le club de Pépé avait même annoncé que son joueur ne participerait pas à la CAN…

Je sais tout ça. Mais qu’est-ce que voulez-vous que je dise ?

Plusieurs sources ont affirmé que c’est Sidy Diallo, le président de la FIF, qui a demandé en personne au sélectionneur Michel Dussuyer de vous écarter de la liste des 23 afin d’inclure Pépé…

(Il coupe) Je ne suis pas naïf. Même si je sais que quelque chose de pas claire s’est passée, pourquoi en vouloir au président Sidy Diallo ? Jusqu’à preuve du contraire, c’est le coach qui fait les choix ; qui fait sa liste.

 

‘’Dieu m’a comblé !’’

 

Mais, c’est le même coach qui vous avait appelé avant le début du stage à Abu Dhabi pour vous dire qu’il comptait sur vous et qu’il souhaitait que vous jouiez pleinement votre rôle de cadre et d’ancien de l’équipe…

Effectivement, on avait eu une discussion téléphonique avant même la publication de sa liste de 24 joueurs. Au cours de cet entretien, il m’avait témoigné toute sa confiance et m’avait même confié quelques responsabilités. Mais, vous devez savoir que la parole des êtres humains ne vaut plus grand-chose de nos jours.

Aujourd’hui, avec du recul, avez-vous digéré cet épisode ?

Dire que cela ne m’a pas touché serait vous mentir. J’estime qu’on m’a totalement manqué de respect. Les gens n’ont eu aucune considération pour moi. Vu mon passé en sélection, on ne peut pas me convoquer pour un stage et se débarrasser de moi au bout de deux jours. Je ne suis pas un petit nouveau qu’on découvre quand même ! Que ce soit le coach où les dirigeants, tout le monde savait qui j’étais. Je suis quelqu’un de très réservé et de très respectueux, je vais donc m’abstenir de dire certaines choses. Mais ils se sont foutus de moi. Et cela m’a profondément blessé.

Du coup, vous étiez content après le fiasco de l’équipe au Gabon ?

Jamais. Je ne suis pas ce genre de personne. Quand le coach est venu m’annoncer ma mise à l’écart, je lui ai dit que je supporterai toujours l’équipe et que je leur souhaite une belle CAN. Les entraîneurs et les dirigeants passent, mais le pays ne passe jamais. Je suis et je resterai toujours le premier supporter de l’équipe nationale. Je ne vais jamais me réjouir des malheurs de mon pays. Jamais !

Aujourd’hui, quel est votre avenir avec les Eléphants ?

L’équipe nationale, je l’ai mise entre parenthèses. Je préfère me concentrer désormais sur ma carrière en club. Depuis tout petit, j’ai rêvé de jouer pour mon pays et Dieu m’a fait la grâce de connaître ce bonheur avec des participations aux Jeux Olympiques, à la Coupe du monde et un sacre à la Coupe d’Afrique des nations. Je suis un homme heureux. Dieu m’a comblé !

 

‘’Aurier n’est pas un rassembleur’’

 

Vous qui êtes un ancien de l’équipe, qu’avez-vous pensé du problème du brassard de capitaine qui a agité l’équipe nationale avant le match contre la Guinée en éliminatoires de la CAN 2019 ?

C’est regrettable que de tels problèmes surviennent encore en équipe nationale. A mon avis, le coach s’est fourvoyé dans cette histoire. On n’arrache pas le brassard à un joueur de la trempe de Gervinho de cette façon. C’est un manque de respect à tout ce qu’il a accompli dans cette sélection. Le coach a manqué de tact. Et puis, le brassard, on le confie à un joueur qui fait l’unanimité auprès de ses coéquipiers sur son attitude et son comportement. Pour moi, Serge Aurier, n’est pas cette personne.

Pourquoi ?

Serge, je l’aime bien. On a souvent partagé la même chambre lors des regroupements. Il a aussi un énorme talent. Mais, il est loin d’être un exemple dans le groupe. Il n’est pas méchant, mais il a un tempérament de feu qui fait qu’il s’en prend très souvent à ces coéquipiers. Un capitaine doit être un rassembleur et non celui qui insulte ses coéquipiers à la moindre mauvaise passe.

Vous comprenez les difficultés sportives actuelles de l’équipe ?

Oui. C’est un nouveau groupe avec des nombreux jeunes joueurs et un nouvel entraîneur qui n’a jamais entraîné une équipe africaine. Il y a des joueurs aussi qui découvrent l’Afrique, sportivement parlant, pour la première fois. Il faut les laisser du temps. Il faut être patient. Je suis convaincu que le coach fera du bon travail et finira par avoir des résultats avec l’équipe.

 

Réalisée par Abdoul Kapo




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