Bonaventure Kalou : « C’est insultant ce que Canal+ me demande !»

Invité des journalistes d’Africa Football United (AFU) mercredi, Bonaventure Kalou a saisi l’occasion pour aborder plusieurs sujets portants sur le football ivoirien et africain. Nous avons décidé de vous offrir les questions qui ont porté sur son départ de Canal+, ses critiques contre Sidy Diallo et la Fédération ivoirienne de football. L’ancien attaquant vedette du Paris Saint-Germain y évoque aussi ses ambitions, son combat pour le football ivoirien et l’équipe nationale de Côte d’Ivoire.  

 

En tant qu’ancien international ivoirien, pourquoi ne militez-vous pas au sein de l’AFI (Association des Footballeurs Ivoiriens) ?
Pour se mettre au service du football ivoirien, je n’ai pas forcément besoin d’être membre ou syndicaliste au sein de l’AFI. Il existe plusieurs manières pour apporter ma contribution au foot ivoirien. J’ai déjà approché les dirigeants de l’AFI et j’ai discuté avec eux afin que cette association soit beaucoup plus forte, beaucoup plus influente qu’elle ne l’est. Qu’elle soit une voix autorisée pour nous les anciens footballeurs et ceux encore en activité. Malheureusement, à cause de certaines accointances avec les instances, l’AFI n’a pas les mains libres pour dire certaines choses et être le porte-voix des footballeurs.

Pourquoi vous vous attaquez à la gestion de Sidy Diallo alors qu’il est en plein mandat ?
On n’a pas besoin d’attendre la fin de mandat d’un dirigeant pour dénoncer sa gestion et pointer du doigt les disfonctionnements. Pour en revenir à notre élimination de la Coupe du monde 2018, je pense que dans n’importe quel autre pays au monde, les dirigeants auraient pris leurs responsabilités après une telle déconvenue. C’est toute une somme de manquements observés depuis longtemps, qui fait que je prends certaines positions aujourd’hui. Et puis, mes positions ne sont pas dirigées contre la personne de Sidy Diallo, mais contre toute la fédération et le système qui y a cours. J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière parce qu’il était temps de le faire. C’est ce que les sportifs et les Ivoiriens disent tout bas que j’ai dit tout haut. Et je pense être légitime pour le faire. Le football ivoirien va très mal. L’équipe nationale, qui a longtemps été l’arbre qui cachait la forêt, est aujourd’hui en pleine déconfiture.

Le football ivoirien va si mal que ça ? La tête de Sidy Diallo doit-être mise à prix ?
Tous les Ivoiriens savent que le football ivoirien va très mal. Tout cela résulte de la gestion opaque de la Fédération. Et nous sommes en droit, nous les sportifs ivoiriens, de demander des comptes à celui qui gère notre football. Il n’y a pas que la tête de Sidy Diallo qui soit demandée. Il y a aussi Sory Diabaté et tous ces dirigeants qui n’apportent rien à notre football. C’est vrai que Sidy Diallo est le président de la Fédération et le premier responsable de cette débâcle et du malaise qui règne au sein de notre sport roi, mais il n’est pas seul. Il est accompagné par une équipe. Les responsabilités doivent être partagées. On pourra me taxer d’être à la solde de certaines personnes, mais je ne suis pas le seul à dénoncer. Didier Drogba, Yaya Touré, Hervé Renard et bien d’autres anciens joueurs ivoiriens et présidents de clubs ont déjà dénoncé la gestion de Sidy Diallo et de la Fédération. Au lieu de s’adonner à des attaques personnelles, Sidy Diallo doit avoir l’humilité de se remettre en cause.

Quel est le problème réel de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire qui ne fait plus peur à personne malgré la présence de plusieurs joueurs de talent avérés en son sein ?
L’équipe nationale de Côte d’Ivoire ne fait plus peur parce qu’elle a perdu un grand nombre de ses joueurs emblématiques. Ceux qui sont restés sont sur la fin. Aujourd’hui, il y a une politique de binationaux qui a été mise en place par la Fédération. Je ne suis pas contre ces joueurs, mais encore faut-il qu’ils soient au-dessus des joueurs que nous avons sur place. Et puis, ce n’est pas un cadeau qu’on leur fait. Ils ne sont pas imprégnés des réalités africaines et on leur demande de porter l’équipe. Le football africain, vous le savez, a ses réalités et spécificités. Pour moi, il fallait les insérer à petites doses. Jouer en Afrique est deux fois plus difficile. On joue contre les pelouses, les critiques et un contexte plus pesant. Est-ce que ces binationaux sont préparés psychologiquement à affronter toutes ces difficultés ? L’équipe nationale aujourd’hui, c’est un vrai chantier. Si elle n’est plus attrayante, c’est parce qu’il y a de moins en moins de joueurs de talent et de qualité dans l’équipe.

Kalou : « Ma carrière au PSG a été une symphonie inachevée »

Aujourd’hui, avec tout ce que vous dépeignez de la gestion de Sidy Diallo, pensez-vous qu’il a encore quelque chose à apporter ? Le futur du football ivoirien doit-il se faire avec ou sans lui ?
Pour moi, Sidy Diallo n’est plus la personne indiquée pour diriger le football ivoirien. Le bateau FIF a perdu le Nord. Il faut absolument le sauver. Sidy a totalement détruit l’héritage qu’a laissé son prédécesseur (Jacques Anouma, Ndlr). Le futur du football ivoirien peut se faire avec lui s’il a l’humilité de jeter les bases de discussions et de réflexions autour du football ivoirien comme cela vient de se faire en Algérie. Mais a-t-il l’humilité nécessaire pour s’asseoir à une table avec tous ces acteurs importants du football ivoirien avec lesquels il est en conflit ? Je ne pense pas. S’il ne l’a pas fait pendant six ans, ce n’est pas maintenant qu’il le fera. Il y a très peu de chances qu’on ait un symposium comme en Algérie pour que sorte du choc des idées des solutions viables pour un football ivoirien qui reparte sur de nouvelles bases.

Le mandat de Sidy Diallo expire en 2020. Est-ce possible qu’on vous voit dans la course à la présidence de la FIF ou est-ce un combat que vous menez pour quelqu’un d’autre ?
Moi, qui ai joué à Oumé, dans le championnat ivoirien et connu toutes les sélections ivoiriennes, c’est insultant de penser que je mène ce combat pour quelqu’un d’autre. Je suis quand même un enfant du football ivoirien. A ce titre, je ne peux pas me taire quand je vois ce football à la croisée des chemins. Cela me fait mal au cœur. Je ne peux pas rester inactif et assister à la mort de notre football. Maintenant, en ce qui concerne une quelconque candidature en 2020, on en est encore loin. A priori non, comme le dirait notre président de la République (Rires). Beaucoup de choses peuvent se passer en l’espace de deux ans. Mais je ne pense pas être moins illégitime que Sidy Diallo pour diriger le football ivoirien. Mais déjà, j’apporte ma modeste contribution au renouveau de notre football.

Que pensez-vous de votre mise à l’écart des antennes de Canal+ ?
Ma mise à l’écart, elle est triste. J’ai vécu pendant quatre ans en France. Je suis venu à Canal parce que pour moi, c’est une chaîne sur laquelle la parole est libérée. En général, il est beaucoup plus compliqué de donner ses opinions sur les chaînes publiques africaines. Je suis venu à Canal pour apporter mon image, car grâce à moi, beaucoup d’Ivoiriens suivaient le championnat ivoirien sur Canal. Mettre dans la même balance l’avenir, la professionnalisation ou la restructuration du football ivoirien et un rôle anecdotique de consultant de Canal+, je trouve cela insultant pour l’Ivoirien que je suis ; c’est insultant pour le football ivoirien. J’ai fait ma part à Canal+. Je pars la tête haute. Mais ce sont les méthodes utilisées par le président de la Fédération ivoirienne que je trouve pitoyables. Il demande ma mise à l’écart de l’antenne tout simplement parce que j’ai donné, en privé, mon avis sur la gestion du football ivoirien. Ce sont des méthodes dignes de l’ex-URSS. Mais cela me conforte dans le combat que je mène. Ça me conforte dans le fait que je suis dans le vrai. Je trouve ça dommage pour mon pays et le football ivoirien.

Quels souvenirs gardez-vous de vos différents clubs ?
Feyenoord, c’est le club où j’ai effectué mes premiers pas professionnels. J’y ai connu beaucoup de bonheur en remportant notamment la Coupe UEFA. C’est là-bas qu’est né mon fils. J’ai un lien particulier avec ce club. J’ai connu aussi de grands moments de joie à Auxerre avec mon père Guy Roux. Au PSG, mon passage a été une symphonie inachevée. Feyenoord, c’est le club qui m’a le plus apporté.

 

In AFU




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *