Jacques Anouma (Pdt de l’AFAD) : « Sidy Diallo dirige avec la haine et la rancœur »

Muré dans le silence depuis son départ de la présidence de la Fédération ivoirienne de football, Jacques Anouma s’est vidé, sans langue de bois, dans une interview accordée à nos confrères du DDF. L’ancien patron du ballon rond ivoirien, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour faire le procès de Sidy Diallo, son très controversé successeur. « Ils ont gaspillé tout l’héritage », martèle le président fondateur de l’AFAD (Ligue 1 ivoirienne).

 

Quel jugement faites-vous de la gestion de la Fédération ivoirienne de football ?

« On est parti de frustration en frustration. Autant on demande la réconciliation aux Ivoiriens au plan national, autant au niveau du football, c’était la désillusion. Il fallait casser du Jacques Anouma. A la limite, on voulait effacer mon passage à la fédération. Quand vous commencez votre mandat avec la rancœur, la haine… ça peut marcher un moment, mais après vous échouez. Ils ne sont pas rassembleurs. Quand j’ai pris la Fédération en 2002, ma première mission était de rassembler autour de notre sport. Ce n’est pas ce que j’ai vu depuis 2011. J’assiste de loin à ce naufrage annoncé.

Êtes-vous satisfait de l’après Jacques Anouma, de tout ce que le président actuel a pu construire ?

Tout ce qu’on a construit est aujourd’hui à l’eau. J’avais prévenu les gens en 2011 quand je partais. J’avais fait de notre qualification en Coupe du monde la priorité. J’ai même souhaité que cela devienne une institution. J’ai souhaité que celui qui allait nous remplacer fasse de la Coupe du monde la priorité des priorités. Ce que nous gagnons (financièrement) à une Coupe du monde, c’est pratiquement quatre CAN. Cette année on n’y sera pas. Cela veut dire qu’on a gaspillé tout l’héritage.

Vous semblez très déçu par cette élimination ?

Je suis déçu comme tous les Ivoiriens.  La Coupe du monde, c’est quelque chose de féérique. C’est une fierté pour une nation d’y être. Ne pas y aller, c’est retourner 15 ans en arrière. C’est ce qui me fait de la peine. C’est une énorme perte pour nous les sportifs.

 

« Mais quelle conclusion, qui a été faite avec des personnes qui pour la plupart n’ont jamais dirigé un club de quartier, allez-vous venir m’imposer ? » 

 

Quelles ont été nos failles ?

Depuis 2014 où on a été à la Coupe du monde, quels sont les entraîneurs qui se sont succédé à la tête de notre équipe nationale ? On nous a envoyé Marc Wilmots qui n’avait même pas postulé. C’était un manque de respect vis-à-vis des entraîneurs qui ont postulé. On met en place des critères qu’on ne respecte pas ensuite. On a tracé le lit de notre échec.

Est-ce qu’on peut envisager un retour de Jacques Anouma à la tête de la FIF ?

Non. Pour être à la tête d’une Fédération comme celle-là, il faut un consensus comme cela a été le cas en 2002. Et la personne qui doit diriger doit être un rassembleur ; et non une personne qui déchire et écarte les autres.

C’est le cas du président actuel ?

Ce n’est pas un rassembleur. Il n’a pas rassemblé. En 2013, quand on a été éliminé en quart de finale de la CAN en Afrique du Sud, qui a été leur cible ? C’était moi. En 2015, on la gagne, Dieu merci. C’est la victoire de tous les Ivoiriens. J’étais très fier que cette coupe revienne en Côte d’Ivoire. Mais après, est-ce qu’on a rassemblé ? On n’a pas rassemblé.

Qu’est-ce que vous préconisez ?

On a besoin d’un véritable plan Marshall. On s’assoit autour d’une table pour que chacun fasse son bilan : ministère, clubs, opérateurs économiques… qu’est-ce que chacun a fait pour que notre football atteigne le niveau du football maghrébin à un moment donné ?  Il faut que notre football devienne autonome. Mais qu’est-ce qu’on fait pour être autonome ? C’est seulement autour d’une table qu’on pourra trouver la solution. Les gens ont peur de réunir ceux qui doivent parler de football. Un monsieur comme Me Roger Ouégnin, que tu l’aimes ou pas, tu ne peux pas lui nier ses compétences en matière de financement, de sponsoring, de recherche de partenariats et son expérience. Lui, il n’était même pas au courant de la tenue d’un séminaire qui doit parler de financement. Il n’a même pas été invité. C’est à croire que nous sommes indésirables. On ne quémande pas. Mais quelle conclusion, qui a été faite avec des personnes qui pour la plupart n’ont jamais dirigé un club de quartier, allez-vous venir m’imposer ? »

 

In DDF




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