Valer Gourizo (Agent de joueurs) : «Eric Bailly a été arrogant. C’est l’argent qui lui monte à la tête»

Agent de joueur ivoirien basé en Angleterre, Valer Gourizo fait partie des valeurs sûres de la profession. Le jeune Ivoirien nous a accordé cet entretien dans lequel il parle de son métier sans manquer de décortiquer l’actualité des Eléphants et du football ivoirien.

 

Bonjour Valer ! On peut se tutoyer ?

Bonjour Rayne, oui on peut se tutoyer. Quand on dit qu’on joue au football, on dit qu’on tutoie le ballon (rires).

Comment vas-tu ?

Ça va très bien.

Agent sportif, un métier de rêve ?

Pour moi, oui. C’est un métier de rêve par rapport à mon parcours, mon vécu. Tout petit déjà, je jouais au foot, j’allais au stade Félix Houphouët-Boigny avec mon père. A 10 ans, j’étais ramasseur de balles. A Yopougon, dans mon quartier, on me surnommait « Valer le gaucher » (rire) !

C’est en fait un rêve d’enfant qui se réalise ?

Ce métier m’a donné une notoriété tant sur le plan financier que relationnel. J’ai pu côtoyer des hommes d’affaires, des politiciens… J’ai vraiment fait de belles rencontres.

Parle-moi de ton parcours ?

J’ai un master de banque et finance internationales. J’ai travaillé dans plusieurs banques anglaises telles que la Citibank, Barclays. J’ai été conseillé financier de Frank Lampard, John Terry.  Justement, ça été pour moi la locomotive qui m’a donné la force d’aller jusqu’au bout, de devenir agent de joueurs.

Qui a inventé le football ? Paraît-il que ce sont les Anglais ? Tu es Anglais non ?

(Rires) ! Effectivement, ce sont les Anglais qui ont inventé le football. On aime beaucoup le foot en Angleterre. Je suis de nationalité anglaise, mes enfants y sont nés, ma famille y vit. J’aime ce pays.

Comment se fait la sélection d’un joueur ?

Je regarde les matchs de Ligue 1 et Ligue 2 ivoiriens. J’organise chaque saison des journées de détection à Yamoussoukro entre 4 et 5 jours. Ce sont des journées d’évaluation qui permettent aux jeunes talents de faire des tests. A l’issue de ces évaluations, les enfants qui ont le niveau requis, pourront être suivis et intégrer un club. J’ai  une structure qui pourra les encadrer et les aider à aller au bout de leurs rêves.

Quels sont les plus grands dangers pour des parents dont l’enfant a le talent pour percer dans le football professionnel ? Les priorités entre école et football s’inversent parfois…

Je dis toujours aux jeunes que l’école est très important. Ça permet d’acquérir de la rigueur, la sécurité. Aujourd’hui en Europe, il y’a une certaine moyenne à obtenir à l’école pour faire du sport-étude. La carrière d’un joueur se termine en général à 33 ans. Au-delà cet âge, très peu continuent encore à fouler les pelouses. C’est donc important que l’enfant puisse avoir un certain bagage intellectuel pour pouvoir faire autre chose après sa carrière sportive.

 

« Bonaventure Kalou peut très bien diriger la FIF. Il a l’intelligence pour »

 

Pourquoi certains enfants percent et d’autres non ? Le talent seul ne suffit pas pour être un footballeur professionnel ?

Il n’y a pas que le talent qui compte. Il y a aussi la discipline. Le plus grand footballeur ivoirien de tous les temps est Abdoulaye Traoré dit « Ben Badi ». Mais il n’a pas eu la carrière d’un Drogba ou d’un Yaya Touré. Je veux dire par là que le talent seul ne suffit pas dans le football. Il faut aussi avoir une bonne hygiène de vie, éviter les sorties nocturnes, les femmes, la boisson, etc.

Faut-il se méfier de tout le monde dans le milieu du foot ?

Oui, il le faut. Dans ce milieu, beaucoup parlent et très peu agissent. Faut savoir à qui tu confies ta carrière, c’est très important.

Que penses-tu des agents qui prennent de l’argent aux jeunes qui rêvent d’évoluer à l’étranger puis les délaissent une fois arriver sur le sol européen ?

Pour moi, c’est un faux débat. Le talent, si tu l’as, tu n’as pas besoin de donner de l’argent. Mais si tu ne l’as pas, tu seras obligé d’en donner à des vendeurs de rêve.  Déjà, il faut jouer dans le championnat national afin qu’on puisse te voir. Comme je l’ai évoqué précédemment, j’organise des journées de détection payantes afin d’aider les jeunes à intégrer un club.

Parlons de l’équipe nationale. Quels sont les critères nécessaires pour avoir la chance d’être convoqué en sélection ?

Il faut avoir du talent et au moins jouer dans un des 5 plus grands championnats européens. Il faut le talent des joueurs tels Gervinho, Drogba, Yaya, Aruna Dindané, Zokora, etc. Malheureusement, notre championnat ne marche plus comme avant donc c’est très difficile d’avoir les joueurs de leur classe. C’est aussi très bien de voir les binationaux intégrer l’équipe.

Quel est pour toi le meilleur joueur de cette génération dorée des Eléphants ?

Je dis Didier Drogba. Il nous a donné beaucoup d’émotion, il a porté haut les couleurs de notre pays. Il est suivi de Yaya, Kolo, Dindané. Voilà les meilleurs de cette génération dorée.

Penses-tu pas que la FIF devrait être dirigée par une de nos anciennes gloires telles que Bonaventure Kalou, Kolo Touré, Aruna Dindané voire même Didier Drogba ?

Oui, ils peuvent diriger la FIF. Mais ce n’est pas le fait de savoir jouer au foot qui fait de toi un bon bureaucrate ou un bon dirigeant. Toutefois, le contraire existe. Michel Platini a mis l’UEFA à un très haut niveau. Un joueur comme Bonaventure Kalou peut très bien diriger la FIF. Il a l’intelligence pour.

Éric Bailly a été critiqué par certains observateurs suite à sa vidéo sur ses partenaires de l’équipe nationale et cela a créé une certaine controverse. Quand penses-tu ?

Les joueurs devraient comprendre que tant que tu joues pour ton équipe nationale, tu seras toujours critiqué. Au haut niveau, tu dois accepter la critique. Éric Bailly a manqué de respect auprès des plus « grands » dans ses propos. Il a été arrogant et irrespectueux. C’est l’argent qui lui monte à la tête. Le respect est réciproque. Surtout qu’il n’a rien fait de symbolique pour le peuple ivoirien, comme la construction d’une école par exemple.

On dit souvent que c’est l’agent qui fait le joueur, n’est-ce pas plutôt le contraire ?

Je dirai que c’est 30% l’agent et 70% le joueur. L’agent ouvre les portes au joueur qui n’est pas encore connu mais arrivé au haut niveau, c’est le joueur qui fait l’agent. Bony Wilfried a fait Francis Kacou avec ses buts marqués. Les agents tels Jorges Manuel Mendes (l’agent du Portugais Cristiano Ronaldo) ou encore Mino Raiola (l’agent de Zlatan et Paul Pogba) sont de grands agents grâce à leurs poulains.

Valer Gourizo (à l’extrême gauche) lors de la signature du contrat de Cyriac Gohi Bi à Fulham

Pelé est considéré comme le plus grand joueur de football de tous les temps, tu le confirmes ou pas ?

Il fait partie des meilleurs. Mais Diego Maradona reste pour moi l’unique, l’intouchable.

Valer est plutôt boxer, string ou slip ?

Boxer (rire) !

Que penses-tu de la dictature à la taille zéro ? Pour toi les critères de la beauté c’est d’être fine et claire ?

Toutes les femmes sont belles peu importe la taille, le teint… Pour moi, c’est la beauté intérieure qui compte.

Et que penses-tu de la dépigmentation ?

Je suis contre la dépigmentation.

Quelle est ta chanson du moment ?

J’écoute en boucle le morceau « wari » des Leaders et le dernier Fally Ipupa.

Ton plat favori quand tu viens au pays ?

L’agouti dans la sauce gouagouassou accompagné de foutou et riz.

Quelle star Ivoirienne te fait craquer ?

Je dirai Claire Bailly. Je dis cela par rapport à mon frère décédé qui était son manager, c’est ma fille.

Un parfum ?

Rose noire « lactique ».

Quels conseils pour les jeunes joueurs notamment Africains, la future génération qui rêvent de faire carrière dans le football ?

C’est de jouer au football tout simplement. De jouer dans leurs quartiers, dans le championnat national. D’avoir une bonne hygiène de vie, d’écouter les conseils des « anciens », de travailler. Encore une fois le talent ne s’achète pas.

 

Réalisée par Rayne Denise, à Paris

(info@sportmania.ci)




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