Kani Kouyaté (basketteuse professionnelle) : «Le basket nourrit son homme en France»

Toujours aussi talentueuse, Kani Kouyaté sort d’une magnifique saison avec son club de BCSP Rezé qui a accédé à la LF2 (Ligue 2 française) au terme de son championnat. Nous avons rencontré l’ex-surdouée du CSA pour évoquer avec elle sa saison, son parcours depuis son arrivée en France il y a quatre ans ; et son avenir avec les Eléphantes. Magnéto !  

 

Kani, vous êtes en vacances. Mais est-ce que pouvez-vous revenir sur votre saison avec votre club ?

J’évolue au BCSP Rezé. Rezé est une ville située près de Nantes. Au plan collectif, on a accompli une très belle saison au terme de laquelle on a réussi à accéder à la Ligue 2. C’était l’objectif des dirigeants en début de saison. C’est la raison pour laquelle ils avaient effectué un recrutement massif de joueuses. A un plan plus personnel, je pense avoir donné le meilleur de moi-même et réalisée une bonne saison. J’estime que j’ai fais ce qu’il fallait pour aider mon équipe à atteindre ses objectifs. Pour ne pas tomber dans l’autosatisfaction, je dirai que j’ai été à la hauteur.

Cela fait désormais quatre ans que vous êtes en France. Quel regard jetez-vous sur votre parcours et votre progression depuis votre départ du CSA?

A mon arrivée en France, je me suis rapidement rendu compte du fossé qui séparait le basket français et celui que j’avais connu jusque-là en Côte d’Ivoire. Que ce soit le niveau de jeu, l’organisation autour des clubs, tout est différent. En France, on est vraiment dans le professionnalisme. Mais grâce au bagage que j’avais acquis au CSA et dans le championnat ivoirien, je n’ai pas été à la traîne, même s’il a fallu que j’élève mon niveau. Aujourd’hui, j’ai acquis des connaissances que je n’avais pas avant. Techniquement, je suis devenue meilleure que je ne l’étais avant de me frotter à ce basket professionnel. J’ai aussi acquis de l’expérience. Honnêtement, je pense avoir progressée. Mais je sais que je peux aller encore plus haut. J’ai encore une marge de progression énorme.

Vu le potentiel que vous avez étalé dans le championnat ivoirien et avec la sélection nationale, certains ne comprennent pas pourquoi vous n’évoluez pas dans un club de l’élite française…

C’est mon rêve d’évoluer dans l’élite. Mais comme je l’ai déjà dit, il y a vraiment une grande différence de niveau entre le basket ivoirien et français. Moi aussi j’aimerai bien évoluer en Ligue 1 et franchement, je pense avoir le coffre pour jouer à ce niveau. Mais, je ne me prends la tête. Je me dis que chaque chose à son temps. Step by step, comme le dis les Anglais. Il ne faut pas brûler les étapes. Aujourd’hui, je suis tout proche du plus haut niveau du basket français. Le plus important, c’est de progresser année après année et s’approcher du sommet. Cette saison, je jouerai en Ligue 2 avec l’ambition d’accéder en fin de saison avec mon club dans l’élite.

Après la belle saison que vous réalisez, n’avez-vous pas été contactée par d’autres clubs ?

J’ai été approchée par d’autres clubs. Toutefois, j’ai préféré continuer l’aventure avec Rezé. Avec la saison qu’on a faite, je ne voulais pas lâcher mes coéquipières. Je suis très liée à mes coéquipières, au coach et aux dirigeants. C’est un club où on m’a très bien accueillie. J’aime aussi la ville de Rezé où je me sens super bien. Alors, pourquoi partir ? Je suis aussi restée pour aider l’équipe à accéder à la Ligue 1.

Aujourd’hui, vous êtes l’une des rares Ivoiriennes à jouer en professionnel au niveau du basket. Qu’est-ce que cela vous fait ?

J’ai été aussi l’une des rares joueuses à être partie dans un club européen suite à un transfert direct de la Côte d’Ivoire. Cela me fait plaisir, mais j’aurai été encore plus heureuse s’il y avait beaucoup de joueuses ivoiriennes dans le basket-ball professionnel en France. Je sais qu’il y a de superbes joueuses en Côte d’Ivoire qui ont le potentiel pour évoluer en France. J’espère que toutes ces filles auront la chance que j’ai eue. Je me bats pour que la Côte d’Ivoire soit fière de moi et être une bonne ambassadrice pour mes sœurs qui rêvent d’évoluer un jour en Europe.

 

  ‘’L’équipe nationale ? On verra bien !’’

 

Quand on est femme et surtout Africaine, est-ce qu’on peut vivre du basket en France ?

Bien sûr ! Quand on est professionnelle, on gagne décemment sa vie en pratiquant le basket en France.

Depuis la France, suivez-vous les résultats de votre ancien club, le CSA ?

Je suis toujours le CSA. C’est le club qui m’a formé et qui m’a permis de devenir professionnelle. Il y a même ma petite sœur qui joue au club. Ma mère est aussi fortement impliquée dans le club. Je sais que cette année elles n’ont pas disputé le championnat pour des raisons que je ne maîtrise pas.

Depuis votre départ en France et celui d’autres filles du CSA, on a le sentiment que le niveau du basket ivoirien a nettement baissé. Avez-vous le même sentiment ?

Les avis sont partagés. Mais il faut reconnaître qu’il y a aujourd’hui trop de problèmes dans le basket ivoirien. Pourtant, il ne faut pas grand-chose pour changer positivement les choses. Aujourd’hui, que ce soit au Mali ou en Angola, c’est l’heure de la professionnalisation. Il faut professionnaliser notre basket. Cela motivera plus de filles à s’adonner à cette discipline. Ça ne pourrait qu’être bénéfique à notre basket.

Quel est votre avenir avec l’équipe nationale ?

(Après un temps de réflexion). Que dire ? Si on m’appelle, je verrai. On verra bien. (Elle marque encore un temps d’arrêt). De toute façon, je suis à la disposition de mon pays.

 

Réalisée par Abdoul Kapo




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