Interview-Gwladys Sakoa Gbahi (Escrimeuse) : «J’attends toujours l’aide de l’Etat»

Seule escrimeuse ivoirienne aux derniers Jeux de Rio, Gwladys Sakoa nous parle de sa carrière dans cette discipline et son choix de combattre pour la sélection ivoirienne. L’athlète, qui vit en France, peint dans cet entretien sa galère. Elle interpelle l’Etat de Côte d’Ivoire.

 

Très heureux de vous  retrouver après les Jeux de Rio d’août dernier. Dites nous, comment va la grande merveille de l’escrime ivoirien ?
Je vais super bien. Je suis en pleine en forme. C’est le préalable pour tout être humain et partant tout sportif pour réaliser de grandes performances à tous les rendez-vous.

Nombreux sont ces ivoiriens qui ont  fait la connaissance de  Gwladys Sakoa seulement qu’à Rio car vous vivez en Europe. Comment êtes vous arrivée en hexagone et comment la flamme de l’escrime s’est allumée en vous ?
Je suis arrivée en France toute petite. J’ai découvert l’escrime à l’école primaire en classe de CE2. Je n’avais que 8 ans. Je l’ai toute de suite aimée et j’en ai parlé à ma mère. Vu que je faisais du basket en loisir, elle m’a conseillé de faire un choix. J’ai fait mon choix en décidant de pratiquer ce sport qui était  commun à ma famille.

Le choix fait, il se pose l’équation de la formation pour vous qui teniez à y faire une carrière professionnelle. Comment entamez-vous votre initiation à cette discipline ?
Tout normalement,  je dirais. Car quelques années après, je m’inscris au Club sur les conseils de Maître Jacky Fallut. Puis en 2010, mon maître fait la connaissance du président de la fédération d’escrime de Côte D’Ivoire épée homme lors des Championnats du monde qui se sont déroulés à Paris au Grand palais.

De cette rencontre naissent les premiers contacts en vue de porter les couleurs de votre terre natale d’où vous êtes partie enfant ?
C’est fort évident ! Cette rencontre a été le détonateur de ma  décision de  combattre pour la Côte d’Ivoire. Puisqu’à cette occasion, j’ai fait la connaissance de M. Dosso, président de la fédération à l’époque. Nous avons échangé. Le président d’alors m’a entretenu sur les tenants et les aboutissants de son projet pour l’escrime ivoirien. Il m’a expliqué ce qu’il voulait mettre en place avec moi pour les différentes compétitions mondiales et championnats d’Afrique.

Quand on sait les conditions de travail des sportifs en Afrique et aussi que vous pouviez accepter d’enfiler les couleurs françaises, cette décision n’a-t-elle pas été difficile à prendre ?
Pas facile du tout. Comme toutes les grandes décisions d’ailleurs. Mais après avoir longuement  réfléchi sur cette décision et surtout échangé avec mon entraineur et ma famille, j’ai accepté de souscrire au projet du président Dosso et de m’engager pour mon pays.

A quand remonte la première compétition que vous disputez avec la Côte d’Ivoire ?
J’intègre l’équipe nationale de la Côte d’Ivoire en 2012 et je participe à ma première compétition avec  elle. C’était à la faveur de  la zone de qualification pour les JO de Londres. Je m’incline en finale avec le score de 10/9  à cette compétition.

Un échec dont vous vous servez tel un stimulant pour continuer le travail  si bien que vous compostez votre ticket pour les Jeux de Rio en 2016 !
C’est exact ! A force de travail et de persévérance, je m’invite pour la première fois de ma carrière aux Jeux Olympiques. Cela, fort de la première médaille que je remporte  aux Championnats d’Afrique séniors 2016, disputés à Alger. Deux mois plus tard,  j’apprends ma qualification pour les JO de RIO.

Vous étiez au comble de votre joie, on s’imagine aisément. Etait-ce la réalisation d’un rêve d’enfant ?
Bien entendu ! C’était l’année de gloire et de grandes réjouissances car Dieu me permettait de voir mon rêve d’enfant se réaliser. C’était fabuleux et magique ! C’était la matérialisation et l’aboutissement de tant d’efforts consentis et de douleurs contenues.

Avec le recul, quelles leçons tirez-vous de cette expédition en terre brésilienne ?
Ma participation aux JO 2016 était une expérience magique et enrichissante comme je l’ai toujours dit. J’ai beaucoup appris  même si c’était mes premiers Jeux. J’ai réalisé  un beau parcours, quand bien même je n’ai pas pu remporter de médaille. J’ai acquis une belle expérience qui m’apportera plus pour Tokyo 2020. J’ai fait de belles connaissances avec les autres athlètes ivoiririens.

La nouvelle saison  a démarré. En quoi se déclinent vos objectifs ?
Mon objectif pour cette saison, c’est de remporter la médaille d’Or aux Championnats d’Afrique qui auront lieu début juin au Caire et de réaliser  un excellent  résultat aux Championnats du monde prévus fin juillet à Leipzig en Allemagne. Je prépare aussi les JO 2020 de Tokyo. Je m’entraîne au Team Levavasseur tous les jours du lundi au vendredi de 9h à 12h30.

Pour relever ces grands challenges, il faille que vous disposiez de moyens conséquents. A cet effet, qu’en est-il de l’aide de l’Etat de Côte d’Ivoire ?
Concernant le soutien de l’Etat, j’en ai pas. J’ai obtenu une bourse d’Etat en 2015 et 2016  jusqu’à ce jour, je n’ai toujours rien perçu. C’est regrettable.je l’attends toujours.

Alors comment parvenez-vous à vous préparer et disputer toutes ces  compétitions de la saison ?
Je suis étudiante. Je ne travaille pas encore et financièrement, c’est difficile pour moi. Grâce à mon Club Livry Gargan, j’arrive à participer aux différentes coupes du monde en Europe, alors que ces déplacements doivent être effectués par ma fédération.

Malgré ce sombre tableau, Sakoa garde t-elle la tête haute et  croit-elle toujours en ses rêves ?
Evidemment ! On ne devient pas grand champion en participant seulement aux Championnats d’Afrique. Je crois en mon Dieu et à l’étoile qu’il a mise sur ma vie. Quand je me lève tous les matins, c’est par sa pure grâce. C’est  ma plus grande source de  motivation pour  toujours aller  de l’avant. Car je sais qu’un jour, mon étoile brillera.


Réalisée par Lebeni Koffi




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