Kodjovi Obilalé (Ex-international togolais) témoigne : « Un gros trou au niveau des reins, du sang partout »

Gravement blessé dans l’attaque du bus de sa sélection avant la CAN 2010 à Cabinda, en Angola, Kodjovi Obilalé raconte l’enfer que lui et ses coéquipiers ont vécu en ce jour funeste. Sept ans après, les souvenirs sont encore vivaces, douloureux, tenaces…

 

« Soudain, un bruit violent vient stopper toutes les discussions dans le bus. Je n’ai pas le temps de comprendre de quoi il s’agit que je ressens comme une énorme décharge électrique dans le bas du dos. C’est la panique dans le bus. Aux cris se mêlent des centaines de détonations, comme une pétarade qui ne s’arrête pas. Les balles sifflent autour de nous dans tous les sens. Quelques vitres éclatent mais pas la mienne. Le bus poursuit sa route quelques centaines de mètres avant de s’immobiliser. Le chauffeur s’effondre, du sang partout sur le cou et le visage. Autour, ça canarde dans tous les sens, impossible de voir d’où vient l’assaut. Les joueurs se jettent à terre, entre les sièges ou dans l allée centrale. J’essaie d’en faire autant mais mon corps ne répond déjà plus. Les bras fonctionnent mais le reste…

Je me débats, je suis une cible idéale avec mon tee-shirt rouge. La panique monte, je me vois tiré comme un vulgaire lapin. Mon voisin Kpatoumbi, d’un geste militaire sûr, se relève et se jette sur moi. Il me ratatine sur mon siège avant de me glisser plus délicatement au sol. Mais il n’y a pas beaucoup de place. La position est inconfortable. Mon dos me fait atrocement souffrir. Je parviens à y glisser ma main. Un gros trou au niveau des reins, du sang partout. Je suffoque avant de crier à mes camarades : << Je suis touché ! Je veux voir mes enfants, je veux rentrer à  la maison! Laissez-moi voir mes enfants… Mes enfants …>>……

…… J’ai tout du moribond sur le point de rendre son dernier souffle mais rien ne m’échappe. Je vois distinctement l’attaché de presse (Stanislas Ocloo) et notre coach Amelete Abalo. Ils ont l’air encore plus mal en point que moi. Ils sont étendus sur la route. C’est la dernière fois que je les vois vivants, j’en ai la certitude. »




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